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vendredi 5 juillet 2013

Ostinato. Louis René des Forêts

Ostinato c'est d'abord un procédé musical consistant à répéter une formule rythmique durant tout un morceau. L'illustration la plus connu est le fameux Boléro de Ravel.


 
 
        Ostinato est aussi un livre de Louis René des Forêts. Il fait partie des quelques livres qui m'ont marqué dans  mon existence de lecteur, avec les mémoires de Casanova, La Cerisaie de Tchekhov;la place de Annie Ernaux , La Guerre Des Boutons de Pergaud, Splendeurs et misères des courtisanes de Balzac,  l'Illusion Comique de Corneille,  le dyptique Pour une Juste Cause et Vie et Destin de Vassili Grossmann Oblomov de Gontcharov  et tant d'autres ....
Louis René des forêts nait en 1918 dans le Berry. Il ressent d'abord, assez jeune, l'appel de la mer et entre à 13 ans dans un collège breton qui prépare à la carrière maritime. Il découvre Baudelaire, Rimbaud, Shakespeare. Il entreprend ensuite des études de droit et de science politique.
Mobilisé en 1939 il est ensuite renvoyé dans son Berry natal. Il entre dans la Résistance jusqu'à la Libération.
Il parvient à écrire quelques romans ( Les Bavards et les Mendiants en 1943 et 1946 aux éditions Gallimard ) et écrit des articles dans de nombreuses revues. Il se lie avec des auteurs comme Blanchot, Antelme, Bonnefoy.
En 1967 il fait paraitre Les Mégères de la mer aux éditions du Mercure de France. L'ouvrage restera ignoré du grand public. L'auteur, qui est sans doute marqué par la disparition de sa fille en 1965 à 14 ans, restera durant 30 ans confiné dans le silence . En 1997 il fait paraitre  Ostinato aux éditions du Mercure de France qui sera suivi de Pas à Pas jusqu'au dernier en 2000 et qui recevra un certain succès public grâce à une critique et un  bouche à oreille élogieux.

      Louis rené des Forêts disparait le 30 Décembre 2010.
 
     Ostinato n'est pas un roman . Il faudrait  pour cela une intrigue.  Ce sont ce que l'auteur  appelle des "fragments" tissé sur une trame biographique. il constate l'arrogance du langage inapte à rendre compte pleinement des choses , que ce soit l'horreur absolu des camps de concentration mais aussi la perte intime que représente le deuil de l'enfant. L'auteur organise son propre effacement . Il  compose par croquis de mots qui semblent chacun composer un monde en soi et  en même temps se répondre l'un à l'autre. Mais chaque pas que l'auteur fait en retrait c'est une invite au lecteur à investir l'espace laissé libre.   Ses fragments sont autant de compositions dont une simple variation dans l'ordonnancement peut modifier l'optique.
Ce recueil est fait pour être un livre de chevet dont chaque graine chemine en nous, rebrousse parfois chemin , s'égare, reprend sa route sans bien connaître sa destination.
"Ce ne sont ici que figures de hasard, manières de traces, fuyantes lignes de vie, faux reflets et signes douteux que la langue en quête d'un foyer a inscrits comme par fraude et du dehors sans en faire la preuve ni en creuser le fond, taillant dans le corps obscurci de la mémoire la part la plus élémentaire :- couleurs, odeurs, rumeurs -, tout ce qui respire à ciel ouvert dans la vérité d'une fable et redoute les profondeurs.

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