mercredi 11 juin 2014

Démontage de God'Art

Cher Jean Luc,

J'ai appris ce soir la déclaration un peu confuse que tu as livré au Journal Le Monde selon laquelle tu te réjouissais plutôt que le FN soit arrivé en tête des dernières élections européennes et que tu recommandais même à François Hollande de nommer Mme Le Pen à Matignon.  Je pourrais te faire remarquer que tu es bien suisse pour croire que d'aller à Matignon passe par la route de Strasbourg mais je t'avoue que tout ceci me peine, infiniment et que çà me fait même un peu dégueulasse. 

Je suis un tout petit peu cinéphile. C'est à dire que des fois je vois des films et que çà m'en rappelle d'autres et que çà prépare les prochains que je vais voir. Pourtant je n'ai même pas vu tous tes films, alors que de Tarantino à Carax en passant par tant d'autres faut bien reconnaitre que tu as déjà laissé une belle trace parmi les professionnels de la profession.  Pourtant ce manque c'est plutôt quelque chose qui me réjouit. Me dire qu'il me reste plein de Godard à voir. Voir sauve qui peut la vie. Voir La Passion. Voir soigne ta droite. Etc...

Et puis aussi il y a certains de tes films dont j'ai entendu parler à travers des anecdotes et c'est comme s'ils existaient déjà. Je crois que tu en parlais dans tes interviews qu'à ton époque de fils des musées et de la cinémathèque beaucoup de films n'existaient qu'à l'état de légende. Combien avaient vu La nuit du Chasseur ou tant d'autres ?  Ben même à notre époque d'enfants des vidéo clubs et des Internets on n'a pas forcément tout vu.
Il y a un film que tu as tourné avec Alain Delon, Nouvelle vague. Pour son côte parfumeur suisse à l'époque je suppose. Un pote m'avait raconté que durant le tournage Le Delon avait refusé mordicus de monter dans un tacot parce que le standing vous comprenez. Tu ne t'étais pas démonté me racontait mon pote et avait fait monter un âne dans le tacot. Un âne à la place de Alain Delon. Je ne sais même pas si l'anecdote est vrai. Peut être que non. Parfois nos potes nous racontent des conneries. Ce sont des potes. Mais pendant des années en revoyant Delon je repensais à cet âne. Maintenant je me rends compte que tu viens de suivre cet âne toi aussi. Ca fait peine et ca me fait même un peu dégueulasse.

Tu vois là j'ai un peu regardé ta fiche Wikipédia pour essayer de comprendre. Ca raconte que jeune homme t'avais un peu le goût du vol, voler ta famille, tes proches, tes patrons. Et j'aime bien cette idée que ton cinéma ait consisté à aller dérober dans la littérature, le cinéma des autres, la peinture, des formules, des idées, des concepts, les malaxer, les triturer, les remonter à ta manière et nous les offrir.  Pour nous offrir l'époque et un cinéma qui ne parle pas que des coucheries mais aussi du fait que comme c'est dit dans  Forever Mozart  " la guerre c'est faire entrer des morceaux de fer dans des morceaux de chair ".  C'est pas trop mal qu'il y ait un cinéma pour ca. Pendant qu'il est trop tard comme dirait Carax.

Je me souviens aussi de cette belle scène que tu nous avait offerte aux Césars en 1997. A l'époque de jeunes cinéastes Desplechin, Ferran et tant d'autres avaient lancés une pétition contre un projet de loi de Debré pénalisant les personnes offrant l'hospitalité à des étrangers. Tu avais expliqué simplement que ces cinéastes avaient fait du montage en rapprochant ce projet et un texte du régime de Vichy et que c'était l'honneur du cinéma de rapprocher les faits pour interroger les spectateurs. Il s'était passé un truc de l'ordre de la transmission et de l'adoubement. Tous ces mots que tu disais ca inspirait plein de sentiments, comme dirait Anna Karina.

Parce que le cinéma disait un de tes personnages dans le petit soldat  " c'est la vérité vingt quatre fois par seconde ". Ben elle est belle ta vérité de faire mine de croire que soutenir une leader d'extrême droite ca va jouer un joli bordel et que ce sera rigolo.Il est où le Godard qui envoyait des missives assassines à Malraux lorsque le film la Religieuse était censuré quand tu feins de t'acocquiner avec des gens pour qui rien que les résumés  de tes films, Le petit soldat, Socialisme....inspirent où le malaise où la frayeur ? Tu imagine sérieusement pour ton dernier film Adieu au langage que les files d'attente soient composés de gens qui discutent entre eux du fait que les métèques ca commence à bien faire parce que ta déclaration les aura attiré ? Tes films valent mieux que çà Jean Luc que des gens qui reprendront peut être le métro en écrivant mort aux juifs, avec ou sans fautes d'orthographe.


Je crois que dans l'affaire il faudrait que ce soit Agnès Varda qui t'envoie une lettre, peut être qu'elle le fait déjà, pour te dire ce que te disait Truffaut il y a quelques années de cela parce que tu avais bien bien déconné et qui devais commencer par un truc du genre " Jean Luc laisse moi te dire que tu es un salaud ". Parce que sur ce coup là Jean Luc ce que tu nous as fait c'est bien bien dégueulasse.






jeudi 29 mai 2014

Il était 18 h 47,

Il était 18 h 47  lorsque  Madame Michel 38 ans 3 enfants, caissière de son état qui arrivait au bout de son service de 6 h entamée à 10 h avec une pause de 3h de 12h 34 à 15h 27, assomma avec un grille pain de marque française M Vachval.

Selon les divers témoignages recueillis par nos correspondants sur place la journée se déroulait pourtant comme d'ordinaire. 4 caisses et demis étaient alors ouvertes avec une queue de seulement 7 clients.  M Vachval, retraité de son état, était arrivé dans le magasin à 17 h 46 car c'est l'heure où il peut rencontrer le plus de monde, et avait longuement échangé avec Mlle Sabrina, étudiante en sociologie et démonstratrice au rayon camembert, démontrant un réel intérêt pour sa personne, ses goûts et ses loisirs. Ayant rempli sa liste de courses il se dirigea alors vers les caisses et décida de se placer à la caisse 4 tenu par Mme Michel, caissière à temps partiel, "car elle est plus avenant que les autres quand même". C'est au moment précis où la caissière passa le code barre du grille pain sous la machine enregistreuse que les évènements échappèrent au contrôle. La caisse refusa le code barre pour d'obscure raisons. M Vachval lança une de ses formules rituelles qui font son succès depuis 30 ans " Ah, ben, c'est que ca doit être gratuit ". C'est alors que Mme Michel qui tenait encore à la main le grille pain le brandit pour en asséner un coup sur le crâne chauve de M Vachval.

Selon notre envoyé spécial qui a exploré sa page FB la caissière porterait 1 prénom et celui ci serait à résonance étrangère. Par ailleurs cette Maïwenn proviendrait de Lorient, village qui, nous explique JP Niey Directeur de la Rubrique Tourisme et Baroudage du Républicain Versaillais, et comme son nom l'indique se situe à proximité du Golfe qui porte le nom de la Guerre. Selon ses sources la flotte française y maintiendrait depuis longtemps des navires de guerre et des nageurs de combat pour préserver sa tranquillité.Ceci pourrait donc bien être considéré comme un acte de terrorisme.

Dans un souci d'apaisement La direction de Mochan pourrait rembourser à M Duchval l'intégralité de ses achats, c'est à dire 3 battes de Base Ball, 1 Minute, journal d'opinion dont il apprécie beaucoup les mots croisés, les livres de Oriana Fallaci ou de Jean Raspail. Par ailleursil pourra  bénéficier de promotions sur le rayon pansements et mercurochrome du magasinqui lui serons dédié et que nous aurons l'occasion d'évoquer.



dimanche 25 mai 2014

M Cazeneuve,

                     J'ai appris ce matin que vous avez joué Vendredi dernier sur le plateau de Europe 1 un admirable duo avec votre hôte, M Jean Pierre Elkkabach.  Vous vous êtes tous deux, tout en échangeant comme l'usage le veut quelques piques, penché sur la question de savoir comment empêcher Mme Souad Merah de quitter un pays pour éviter qu'elle ne le menace et comment interdire à une ado de 15 ans et quelques de parvenir à regagner la France où elle  a effectué une partie de ses études. On voit que vous avez tous deux le sens des priorités devant toutes les menaces qui se présentent. La question de la délinquance financière ne fut, il faut bien entre nous le reconnaitre, évoqué que comme un petit agrément.

Mais surtout vous avez déclaré que Mme Dibrani, adolescente de 15 ans et quelques, a intérêt à agir avec Mme Le Pen, leader, je vous le rappelle, d'un parti d'extrême droite et par ailleurs né en 1968.
car c'est " la même outrance, la même manipulation, le même art consommé du mensonge ! Elle font campagne ensemble visiblement ".

M Cazeneuve, je sais que vos qualités de couteau suisse de votre éminent président ne vous ont conduits que depuis peu Place Beauvau. Les portraits qui sont faits de vous s'accordant sur votre capacité à dévorer des dossiers je ne crois pas pourtant que vous pêchiez en la matière par ignorance.
Je dois par contre vous avouez la mienne.

Je ne sais pas comment un ministre de la République peut évoquer la situation des Rroms sans évoquer le fait que 17 milliards d'euros ont été attribués en 6 ans par l'Union Européenne à la France pour permettre l'intégration des Rroms et que cet argent n'a pas été utilisé. Il ne me semble pas que ceci soit le fait d'une adolescente.

Je ne sais pas comment un ministre de la République peut évoquer la situation des Rroms sans évoquer le fait  que ni les pouvoirs publics  ni les élus n'appliquent ni la loi dont une directive de M Jean Marc Ayrault au mois d'août 2012. A vous entendre vous et vos collègues du gouvernement vous semblez avoir découvert un gisement inépuisable de courage.  Malheureusement il ne vous est jamais venu à l'idée d'en user contre les politiques qui s'en prennent aux Rroms, tel votre prédécesseur M Manuel Valls

Je ne comprends pas et dois simplement constater qu'un homme politique considéré comme aussi équilibré que bien mis peut sans le moindre frissonnement mettre sous le même plan la leader d'un parti d'extrême droite et une adolescente que vous offrez en pâture aux auditeurs de Europe 1, sans même prendre la peine de l'appeler par son nom de famille . Je pourrais vous renvoyer à la circulaire de 1945 qui expliquait que, même s'ils commettaient des délits, les adolescents sont avant tout des personnes que la République se doit de protéger. Mais vous avez bien d'autres intérêts à coeur.

Etant le Ministre de l'intérieur  vous allez comme d'ordinaire apparaitre ce soir sur les écrans de télévisions pour annoncer les résultats en France des élections européennes. Il se peut bien que comme les sondages et les commentateurs politiques nous l'annoncent, que ceux ci soient marqués à la fois par une forte montée de l'abstention et une progression sensible de l'extrême droite. Après votre apparition les débats sur les plateaux se feront pour savoir à quoi on doit attribuer ce phénomène. Il se peut bien que la manipulation, le mensonge, la lâcheté de beaucoup y tiennent une part. Vous êtes une personne avisée. Vous avez trouvé bien avant moi de qui il s'agit. Il y a bien pire que le bruit des bottes, le silence de pantoufles.



dimanche 11 mai 2014

Nouveau-Né, Georges De La Tour

Nouveau-Né, Georges de La Tour,
1652 Lunéville, Musée de Rennes,
Saisie Révolutionnaire sur une collection d'émigré.



http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://www.bretagne-musees.fr/var/ezwebin_site/storage/images/collections-et-dossiers/les-chefs-d-aeuvres/nouveau-ne/2152-1-fre-FR/Nouveau-ne_billboard.jpg&imgrefurl=http://www.bretagne-musees.fr/Les-musees/ILLE-ET-VILAINE/Rennes/Musee-des-Beaux-Arts-de-Rennes/Nouveau-ne&h=623&w=764&tbnid=P7xdIoGFUuiw8M:&zoom=1&tbnh=90&tbnw=110&usg=__ms_0ioZlVuIISINYthuOMtsuwjU=&docid=Qzfk8b34Ze5-0M&client=firefox-a&sa=X&ei=zpVvU572HPOb1AXCjoH4Cw&ved=0CFMQ9QEwBA
                                                                                                                                               Le Peintre et son environnement

Georges De La Tour naît le 14 Mars 1593 dans une famille de négociants à Vic Sur Seille, qui est situé à proximité de Metz, sous la protection des autorités francaises.
Il se marie le 2 Juillet 1617 avec Diane le Nerf d'une famille de notables locaux de Lunéville, dans la même région, où il va s'établir peu après.

                 De sa formation de peintre nous ne savons pas grand chose . A t'il effectué ou non le traditionnel voyage à Rome ? En 1627  la colonie des lorrains regroupe près de 6 000 personnes dans la cité pontificale.( Cf "ABCclaire de George de La Tour", Editions Flammarion, 1997, P 102 )   Est il passé par l'atelier de Bellange, peintre (1575  _1617 ) qui a profondément marqué toute cette génération de peintres lorrains ? On peut au moins constater que sa peinture  témoigne de l'influence de Caravage ( 1573_1610 ) notamment ce qu"on appelle la catégorie des " Nuit " ( qui regroupe entre autres " Le Nouveau- Né" , " "Le reniement de Saint Pierre" (1650, 120/160 , Nantes, Musée des Beaux Arts )) et que l'on distingue d'autres tableaux dans l'oeuvre de La Tour  , tel que " Le tricheur à l'as de Trèfle", Date indéterminée, 96/ 155, Fort Worth, Kimbell Art Muséum, USA) qui représentent des scènes en plein jour.
La carrière de De La Tour sera une rapide ascension puisqu'il s'établit en 1620 à Lunéville avec des lettres d'exemption signé du Duc Henri II qui l'assimile en partie à un noble et qu'il parviendra à se faire désigner en 1639 " Peintre ordinaire du Roi ".

 
Après sa mort son oeuvre tombera dans un relatif anonymat . Ce n'est qu'à partir de sa redécouverte par l'historien d'art Hermann Voss dans le début du XX ème Siècle . La paternité de ses toiles lui est rendu . 

" Qu'un tel peintre soit resté aussi longtemps inconnu, c'est que nul n'étais mûr pour recevoir ses confidences ". Elie Faure, Histoire De l'Art, L'Art Moderne I, (1ère édition en 1921) P214 dans l'édition Folio essais de Mars 1988 )

     Son oeuvre s'inscrit aussi dans le cadre de la contre Réforme
amorcé depuis le Concile de Trente qui s'est déroulé de 1545 à 1563. Celui ci était destiné à répondre à la montée du protestantisme,
avec la création de l'ordre des Jésuites et des dominicains .
De La Tour, dont on pense qu'il était lettré, pourrait avoir été marqué par l'oeuvre de Jean De La Croix, théologien espagnol  qui appele les fidèles à retrouver Dieu dans son coeur, avec la nécessité de passer par la Nuit, le dépouillement, l'ascèse.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_la_Croix

http://www.carmel.asso.fr/-Doctrine-de-Jean-de-la-Croix-.html


Par ailleurs ce choix d'une Nativité n'est pas anodin. Dans l'histoire de l'Art ce choix fait date puisque c'est la première représentation d'un nouveau né dans l'histoire de la peinture mais le sujet est sensible aussi pour son auteur qui a perdu certains de ses enfants.



                            L'oeuvre



      Deux femmes, l'une de profil, l'autre de face . La première au double menton attestant de son âge,portant une tunique  ceint par une bande noire , de sa main droite tient de seulement trois doigts, pouce, annulaire et auriculaire une bougie tandis que sa main gauche semble épouser le mouvement de la flamme en la dissimulant a moins qu'elle ne s'apprête a moucher la bougie. La seconde aux traits plus délicatement dessiné et aux yeux mi clos eux aussi portant une tunique rouge évoquant la perte de la virginité, les douleurs de l'enfantement. Cette robe est ceint par une bande  marron. On décèle plus qu'on ne voit dans ce clair obscur entretenu par le peintre sa coiffe.  Elle porte un nourrisson emmailloté. Sa main gauche est saisie dans le mouvement au point que l'on ne saurait dire si elle relâche sa pression sur son enfant ou si elle va l'accentuer. Ce nourrisson semble dormir.

On peut tout d'abord constater l'austérité de ce tableau, point d' auréoles, nul anges ou archanges. Seulement la peinture.

Certains ont pu voir dans ce tableau celui de la mort du Nouveau-Né. On peut interpréter ainsi le fait que ce nourrisson n'ouvre pas les yeux, la sérénité des deux femmes en deuil, le geste de la main de la femme de profil qui voudrait éteindre la flamme, symbole de vie, le relâchement de la main de la mère sur ce corps mort.

Cette hypothèse n'est pas la seule . Décentrons notre regard et concentrons nous sur le véritable personnage principal
de ce tableau, la bougie ou ,pour être plus exact, la flamme. Nous réalisons alors ce qui fait la singularité de cette peinture.
Cette flamme est dérobée aux regards puisque la femme de profil la dissimule de sa main droite. Pourtant c'est sa lumière
qui éclaire toute la scène. Ce tableau est donc bâtie sur la présence/absence d'une figure.

     C'est cette absente qui compose toute la mise en lumière de ce tableau. C'est par son entremise que la main de l'ainée étend son ombre bienveillante sur le nourrisson. C'est elle qui n'éclaire qu'en partie le visage de la mère. Ce que représente cette flamme c'est la vive lumière de l'Esprit Saint devant qui la mort est à la fois présente et vaincue.

Pour finir permettons nous de citer René Char, résistant qui saluait ainsi le peintre auteur du tableau du Prisonnier. ( Qu'on reconnait maintenant être celui de Job et sa femme,vers 1640_1645 Huile sur toile, 145 X 97 cm Musée départemental d'art ancien et contemporain d'Epinal )
Il garda durant toute la guerre dans son repaire une reproduction de cette peinture .


" Reconnaissance à George De La Tour qui maîtrisa les
ténèbres hitlériennes avec un dialogue d'être humains "

( Cf " Feuillets d'Hypnos" )
 
http://www.educnet.education.fr/louvre/ecriture/char2.htm
     Reconnaissance à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténébres hitlériennes avec un dialogue d'êtres humains.    Reconnaissa  Reconnaissance à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténébres hitlériennes avec un dialogue d'êtres humains. nce à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténébres hitlériennes avec un dialogue d'êtres humains.

dimanche 13 avril 2014

Journée d'ouvrier

le

 Fiction : Assemblage subjectif de faits réels, dont certains n'ont pas été inventés.


La douleur le réveilla. Il était en chien et en sueur sur son lit. Il avait égaré sa nuit, sentait cette sorte de rouille d'usure et de fatigue sur ses muscles. Il ne parviendrait pas à se rendormir. Ni à se réveiller. Cet entre deux de foireux. Temps que cette semaine aussi s'achève. Il n'était que 5 h du matin.
La cafetière fumait. Il s'installa avec sa tasse face au velux pendant que sa platine passait Ring of fire de Johnny Cash en sourdine. En se contorsionnant un peu contre le mur il pouvait trouver une position ou il ne morflait pas trop. Au loin il apercevait les lumières des éoliennes sur la colline voisine. Un mec lui avait raconté un jour combien ils avaient des problèmes avec les chauve-souris. Ces bestioles avaient pourtant des radars. Mais comme elles volaient en groupe, elles avaient tendance à faire confiance à la voisine pour veiller au grain et débrancher le radar, comme on déconnecte la Wi-fi. Les éoliennes ne figuraient pas encore dans leur GPS, elles se prenaient l'obstacle dans la gueule. Donc pour protéger les éoliennes il fallait leur démontrer que le danger pouvait être mouvant, qu'il fallait savoir bien l'identifier sous des masques,  garder une vigilance collective, que c'est autant toi qui protège le groupe que le groupe qui te protège. C'est vraiment rien que bête une chauve-souris. Ce serait une histoire à raconter à la gamine ce WE. L'appart' était pas trop mal rangé. Elle aurait bien quelques trucs à mettre en dawa. Il décida d'aller au boulot à pied. Il avait bien le temps, ça ne commençait qu'à 7 h 30. Et il n'avait pas encore de quoi faire réparer sa voiture.
C'était la pleine lune, à cette heure ci il n'y avait que quelques chats dans les rues et il ne croisa même pas de poids lourds. La reprise devait se lever plus tard.
Quand il arriva en salle de pause il y avait déjà 3 caristes qui se prenaient un café en attendant  les premiers camions.

«  Alors comment que c'est, t'es venu à pattes? Tu te mets au sport sous la pluie maintenant?»

«Boh il ne pleut pas. Juste un peu de bruine quoi.»

« T'as eu de la chance. Il y a eu une saucée hier soir. T'aurais bien pu te la prendre»

« Mais non, c'est calmé. On aura juste un un peu de crachin

Le mécano arriva, mine chafouine, farfouillant dans son bleu de travail pour trouver de quoi s'offrir un café au distributeur

«  Ils vont me faire foller. Sérieux. Devinez sur qui je viens de tomber, l'autre du service qualité qui me dit qu'elle ne m'a pas vu me laver les mains, je viens de le faire dans les toilettes elle me dit qu'il faut que je le refasse dans le couloir pour qu'on me voit s'il y a un audit des services hygiène »

« Tu sais très bien que si on loupe un audit, la boîte risque de cabaner et on va tous se retrouver à la chôme »

«  Mais bordel de cul si c'est pour me faire voir tant qu'on y est je peux bien faire payer des tickets. Au lieu de me les courir ils feraient mieux tous de passer à l'atelier 42. Sérieux, tu connais la dernière ? La sortie de secours comme deux tordus l'ont utilisés comme raccourci le chef l'a barré «  pour raison de sécurité » Une sortie de secours. Sérieux. Ils vont me faire foller. Tiens, regardez la dernière note de service de la direction. C'est sympa»

Il sortit de sa poche une feuille chiffonnée qu'il étala sur la table pour pointer du doigt du doigt deux lignes soulignées au rouge sous les yeux de ses collègues

« Notre entreprise investit dans la qualité humaine en recrutant 3 cadres venus de la concurrence. Les rumeurs de plan social sont donc parfaites et non avenues.»

« Ils sont forts »

« C'est la secrétaire qui a tapé ça ? »

Même si c'est la secrétaire le directeur l'a signé. Mais c'est pas sa première fois.
Ils viennent de la concurrence, quelle boîte?

« Furinoir »

« Nan Furinoir c'est chez nous, c'est juste une filiale »

T'es sûr ? Si c'est la même boite que nous pourquoi ils portent pas le même nom ?

Nan, mais je crois que c'est une boite qu'ils ont racheté parce qu'elle faisait pareil ou alors ils en ont créé une pour faire autre chose. Je sais pas trop »



Il était déjà près de 7 h 30. Il quitta ses collègues pour partir bosser

Arrivé dans l'atelier il réalisa que Ahmed et antoine étaient absents. Il interpella l'élue du CHSCT.

«  Mais il n'y a pas de mecs avec moi sur la ligne ? Je vais tourner avec qui moi ? T'as vu l'état de mon dos ? »

«  Oh Mille-malheurs ça va bien, pleure toujours, tu pissera moins ! Depuis le temps qu'on vous dit au syndicat qu'il faut réorganiser les postes pour qu'ils ne soient pas séparés entre ceux des hommes et des femmes. Vous êtes bien contents les mecs d'être les seuls à porter les bacs, du coup il n'y a que vous comme conducteur de ligne dans cet atelier. Quand on ne sait pas être solidaires avec le groupe faut pas s'étonner quand ça te tombe sur le rab personnellement »

Il se mit à son poste, soulever des bacs pour les poser sur les rails qui les entrainaient jusqu'aux collègues qui mettaient les produits en carton. Ça tirait dès le début. Chaque bac pesait au moins 10 kg et la ligne tournait bien à 200 bacs à l'heure. A la fin de la matinée il avait un mal de chien aux épaules. Il profita de la pause du midi pour aller s'allonger dans le parc. Il ne lui restait plus que 4 heures à tirer. La semaine l'achevait. Arthur lui raconta comment il avait obtenu une prescription du médecin pour un corset.

Revenu au boulot à 13h ça allait un peu moins pire. La ligne tournait moins vite puisque les ordinateurs ramaient pour obtenir les commandes. Ça lui permettait de souffler un peu. Au bout d'un moment, il se posa contre la palette dans la position où il morflait un peu moins. Il pensait à sa fille, ce Week-end avec elle serait une friandise, trop bon, trop court, elle engloutirait les pâtisseries, voudrait qu'il mette tous ses vinyles, contemplerait la façon qu'ils avaient de danser sur la platine, lui raconterait ses séances chez l'ortho à se mettre les mots du bon côté et garder son nom bien propre.

«  Ah. Je vois que ce n'est pas difficile pour tout le monde. Vous vous reposez bien ? On se la coule douce ? »

Le sourire de Xavier Bertrand sur la tronche de M Drumond Il ne l'avait pas vu arriver, ce devait être un cadre, vu sa blouse blanche.

«  Mais la ligne est arrêté. Je me contente d'attendre que ça redémarre »

« Je vois que vous avez envie de jouer. Je vais vous dire. Je suis le Numéro 2 de cette entreprise. Je peux vous dire que je sais plus jouer que vous. Vous allez me voir »

Le mec se barra à grandes enjambées, moulinant avec ses bras avant de rentrer dans le local de l'atelier.

Vers 15 h son chef d'atelier passa, se lissant la moustache

«  Bon. Toi tu as fini ta journée. Tu peux rentrer. »

«  Mais je n'ai fait que 6 h !! Tu sais bien que je veux prendre des RTT pour le RDV de ma gamine chez l'ortho. Si tu me bouffe déjà mes heures ça va pas le faire »

«Oh c'est bon. De toute façon vu comment tu avance aujourd'hui c'est ce que tu as de mieux à faire. Et puis on verra bien ce jour là. Pour aujourd'hui tu rentre. C'est bon »

Sorti des bâtiments il s'arrêta un instant pour habituer ses yeux au soleil qui était au plus haut à cette heure ci. Il tapota sur son portable pour voir ses messages. Il avait un SMS d'alerte de la banque postale pour son découvert. Derrière lui il entendit quelqu'un, marchant vite et parlant fort. Il se retourna, c'était Mme Damoizeau la députée socialiste et son attaché parlementaire qu'il avait souvent croisé lors de la campagne.
Elle lui tendait la main, aussi souriante et énergique que d'ordinaire.

« Tiens. T'es sorti tôt »

« Euh ouais. Y a pas trop de boulot ces temps ci. Mais je ne savais pas que tu passais. Personne m'avait dit au syndicat »

« Oh je suis juste passé rapide voir la direction pour faire le point. Je ne vais pas avoir le temps de passer au CE. Tu vas par où toi ? »

«  Je passe à l'école, récupérer ma fille. »

«  Je vais te déposer. C'est sur ma route pour la permanence  »

Ils montèrent tous deux dans le Break. Mme Damoizeau parlait toujours aussi vite et aussi fort en martelant parfois le volant

J'ai vu votre nouveau directeur tu sens qu'il a envie de se mobiliser. Et les nouveaux bureaux sont bien fonctionnels. Tu les a vu ? »

« Euh non je ne vais pas souvent dans les bureaux en fait »

« Tu dois bien passer quelque fois au CE quand même ? »

«  Euh ouais mais le local du CE est dans les préfabriqués depuis 6 mois parce qu'il fallait refaire les locaux »

«Oh. Oui enfin tu sais les élus du CE, ils sont un peu comment dire un peu laborieux. Ils ne se rendent pas compte qu'il il y a un travail capital aujourd'hui. Si on veut respecter le programme du Bourget il faut restaurer la compétitivité des entreprises. Faut en finir avec les tabous. Baisser le coût du travail, réduire les charges. Faut tous se mobiliser ensemble quoi »

Il ne répondit rien. Son siège était moelleux. Il luttait un peu contre le sommeil.

Ils étaient déjà arrivés près de l'école. Mme Damoizeau le déposa avant de redémarrer en trombe.
Il était plus qu'en avance, choisit de regarder ses mails sur son smartphone. Un mail d'une agence de voyage s'affichait, lorsqu'il l'ouvrit il vit l' image d'un couple enlacé sur son fond de coucher de soleil 
avec ce slogan " Faire de votre séjour des journées merdeilleuses ". Il soupira en fermant l'onglet.
Les grappes d'enfants sortirent en trombe de la cour de l'école juste après la sonnerie pour sauter dans les bras de leurs parents ou s'engloutir directement dans des voitures. Sa fille trainait pour une fois derrière, la mine boudeuse , tirant d'une main sur son pull qu'il devrait encore raccomoder et sur son cartable à roulettes derrière elle. Lorsqu'il l'appela elle s'arrêta pour ouvrir son cartable et en sortir une enveloppe qu'elle lui tendit solennellement
                                                  «  Mme m'a donné çà pour toi »

C'était un courrier de l'administration scolaire. Il parcourut rapidement les circonvolutions d'usage avant d'en arriver au propos

«  M dans le cadre d'une enquête nous avons demandé aux élèves de remplir un questionnaire concernant leur parents. Il se trouve que sur une question concernant la profession du père votre fille a mis pauvre dans la case. Nous vous informons que vous avez la possibilité de contacter l'assistante sociale si votre situation le nécessite et vous demandons dans quelle catégorie socio-professionnelle nous devons vous mettre. »

Il demanda à Leïla de lui donner un stylo, pris son 4 couleurs Hello Kitty et barra le courrier de 5 mots en lettres rouges avant de le glisser dans la boite aux lettres de l'école Tristan Corbière et de glisser à sa fille que ce Week-end commençait par un passage à la pâtisserie

«  Mettez moi tous en colère »

 Ce texte est dédié aux colères insatiables.

dimanche 2 février 2014

La célibatitude

La célibatitude, c'est prendre le temps de débattre sur Twitter


La célibatitude, c'est repenser avec un scrogneugneu de l'âme à cette Laëtitia Dupré qui te répondit négligemment " Non, mon copain il veut pas " alors que tu lui proposais JUSTE UN CAFE

La célibatitude, c'est répondre par un mail l'interrogeant pour savoir si elle a passée une bonne journée à cette Samantha Vautour qui t'écrit de l'équateur pour t'entretenir sur une énorme transaction financière.


La célibatitude, c'est proposer une visite de Rennes centre impliquant Parlement, Thabor, meilleurs bars de la rue de la soif et bouquinistes à une  malheureuse étudiante chinoise qui voudrait juste savoir ou se trouve le CROUS.

La célibatitude, c'est le temps de silence que tu laisse après avoir demandé " et toi, ta journée " à ta cafetière.

C'est avoir viré la date d'anniversaire sur ton FB parce que bon



samedi 28 décembre 2013

Des frétillements de l'âme d'un bibliophile

     Ces dernières semaines il a été questions dans les revues, les magazines ou les émissions de divers désagréments que rencontre un peu le monde de la librairie et aussi toute la faune qui gravite autour du Livre. C'était bien intéressant. J'en ai lu quelques uns, distraitement. Ca disait entre autre choses que le monde de la librairie traverse une crise mais qu'elle peut la surmonter si elle sait retrousser ses manches sur ses bras musclés pour inventer un nouveau modèle économique. Bon. Comme ça le raisonnement  a l'air de se tenir. Notez l'autre jour, pour voir j'ai dit " il faut un nouveau modèle économique pour les librairies ". Tout fort. Dans la queue à la boulangerie. Ben les gens m'ont regardé bizarre. Et arrivé à la caisse le boulanger m'a filé mon pain complet et mon Kouign Amman avec un regard genre faudrait voir à pas recommencer. donc bon. Surtout que la librairie dans mon patelin ils n'ont pas l'air de se poser tant de question. Juste un jour le patron m'a demandé s'il était bien le dernier Houellebecq que je lui avait acheté. Parce que pour son cousin, ben peut être.

         Ce que je sais aussi c'est que aujourd'hui alors que je me rendais dans un Bar librairie BD que j'affectionne à Vannes j'ai vu cette petite affiche


Ce que je sais aussi c'est que je vois la librairie l'Imaginaire à Lorient connaitre cette longue agonie. Cette librairie réputé avec ses rayons fournis ou l'on voit semaine après semaine, pièce après pièce, l'espace se restreindre et bientôt les vendeurs vous dire " nous sommes désolés. On  ne peut plus passer de commande " et que c'est pas glop.

Ce que je sait aussi  c'est que ce bouquiniste que j'affectionne particulièrement à Rennes, à côté du Parlement 

Je l'ai découvert à Rennes, jeune lycéen il y a près de 20 ans. A l'époque je fréquentais les bouquinistes surtout pour trouver des éditions d'occases pour tous ces classiques que les enseignants nous infligeaient. Dans cette boutique au début je demandais au patron s'il avait Tartuffe, Germinal ou tel autre pensum. Généralement il sortait l'ouvrage d'une pile et essuyait parfois la poussière qui s'y était déposé. Puis tu te prends au jeu. tu finis par t'aventurer dans la boutique. C'est à dire une grande pièce avec une immense table, garni d'innombrables étagères et autant de rayonnages au mur. Il m'a fallu des mois d'exploration dans cette pièce pour comprendre qu'elle était rangée suivant une méthode rigoureuse dont je posssède encore quelques rudiments.

Lorsque vous entrez sur votre droite vous devez avoir des romans noirs, en avancant un peu vous découvrez sur un présentoir des romans de poche essentiellement de la fiction, se répartissant entre Folio, livre de poche et Garnier Flammarion ( à l'usage je recommande plutôt pour les classiques le Garnier Flammarion, pour les notes). Sur votre gauche sur la table des ouvrages de sciences humaines. Avancons encore (mais je vous recommande de faire attention de ne pas faire s'effondrer des édifices livresques en les bousculant). Arrivé au bout de la pièce, tournez vous sur votre gauche ( la pièce à côté relève du privé, même après des années de fréquentation de cette boutique je n'y ai jamais mis les pieds. L'intimité) et penchez vous. Vous avez là des piles de l'Avant Scène et toute une variété d'ouvrages sur le théâtre et subséquemment des ouvrages sur le cinéma. Plus haut sur les étagères une quantité d'ouvrage sur l'histoire ou l'on pouvait trouver un ouvrage de la revue Esprit sur les militants chrétiens de gauche dans les années 70, l'autobiographie de Maurice Thorez Fils du peuple ou cet ouvrage de Jacques Marteaux sur l'église de france face à la révolution marxiste ( les vrais savent);  En continuant le tour de piste sur votre gauche vous aviez quelque part un rayon littérature russe qui fit mon bonheur, un rayon littérature bretonne fort sympathique.

C'est dans ce type de lieu que je découvrit des ouvrages aussi indispensable à tout honnête homme que " La surcharge sexuelle de la psyché comme source d'inspiration artistique" ou un "manuel du soldat suisse". J'ai aussi avec un frétillement de l'âme découvert sous une pile de livres l'ouvrage de Gordon Craig " l'art du Théâtre " datant de 1943.


 Pour te dire le jour ou j'ai rencontré Peter Brook et que j'ai cité l'ouvrage il m'a regardé en levant le sourcil " Mais vous l'avez trouvé où ? " . Frétillement de l'âme te dis je.

Il se trouve que ce M a choisit après 30 et quelques années de fermer boutique. Pendant les 6 mois qui vont suivre il brade. Il y a des affaires à faire.  J'ai discuté, un peu. Visiblement les affaires ne sont plus ce qu'elles étaient. Son commerce périclite. Les clients qui ne viennent plus. Les étudiants qui ne viennent pas.Il est d'usage d'incriminer ce goût qu'a chaque époque de ne pas ressembler à celle qui lui a précédé. Mais il se trouve que par hasard j'ai croisé il y a quelques temps un autre bouquiniste que je connais aussi un peu. Entre autre choses on a discuté de celui ci. Il était au courant de son départ prochain à la retraite, m'a dit combien ceci le chagrinait aussi. Il avait vu aussi combien malheureusement celui ci, qui lui avait presque appris le métier au début avait manqué l'évolution de son métier. Il ne vends aucune bande dessinée, ne s'est jamais mis aux livres d'art et encore moins l'ésotérique. aujourd'hui les bouquinistes savent se diversifier et vont même consulter tel ou tel site sur Internet pour déterminer le prix auquel ils vont vendre un livre. Les seuls cotes que pouvait avoir Francois Corre c'est de vous glisser en confidence que les Thibault, les gens ne les achetaient plus ( c'était avant le mauvais téléfilm avec Jean Yanne) et que donc il n'en vendait pas, à son grand regret . Maintenant il se désole de voir doucement tout ceci disparaitre et de ne pas trop savoir ce
qu'il va bien pouvoir faire de sa retraite, rentré dans le Finistère.


Voilà. Tout ceci pour dire mon infini reconnaissance à ce bouquiniste, pour tous ces frétillements de l'âme que parfois le simple fouiner dans sa boutique m'a procuré. J'espère encore que quelque soit les modèles économiques que les bouquinistes ou les librairies se choisissent ou se voit imposer ceci sera encore possible.