samedi 31 août 2013

vous savez ce que c'est

( comme un peu personne n'as trop fréquenté un de mes précédents blogs je vous ressors, un peu modifié, et article des archives  pour faire genre, je suis productif. Astuce)


Avec du talent un jour je vous raconterais une histoire et ce sera un roman. Celui d'une grève avec des salariés en lutte contre leur patron et en fait ce sera un peu l'allégorie ( ou la métaphore, j'hésite un peu ) du salariat en lutte contre le patronat.


Dans ce roman il y aura des lieux, ce qui est somme toute assez courant mais les miens tu ne les aura pas vu ailleurs.




Le bureau du Directeur


Dans le roman à un moment, plus ou moins opportun le patron, nouvel arrivant dans l'entreprise, enfin la boite disent les salariés, décidera d'inviter les membres du CE à son bureau. Oui, une envie, une lubie, une impulsion soudaine, une " prise de contact " qu'il dirait dans l'invitation. Donc tant qu'à faire les élus du Comité d'entreprise se sont dits on y va. Le bureau était plutôt grand, meublé avec soin de meubles IKEA et agrémenté de graphiques aux couleurs vives exprimant un enthousiasme communicatif pour les CA en hausse constante. La moquette était épaisse, l'isolation semblait bonne. Il leur montra tout avec gourmandise et leur offrit même des chocolats, se réjouit bruyamment quand Ahmed reconnut ce tableau de Munch, le Cri 


" Je suis allé le voir lors d'une escapade à Oslo. Lorsque l'on a une telle pression dans nos métiers il faut parfois s'autoriser des breaks. Vous savez ce que c'est "


Donc tant qu'à faire ils commençaient à exposer au patron leurs légitimes revendications, concernant les salaires, les conditions de travail, le menu de la cantine, les accidents dans l'atelier 42, les fautes de goût dans les notes de service. Tout quoi et plus encore s'il en était besoin. S'attendant à une bataille rangée ils furent surpris et peut être même un peu déconfits de constater que tout cela leur patron le comprenait, avec un total manque dans le laisser aller.





Il comprenait. Il comprenait tout à fait pour le coût de la vie. Il comprenait bien pour le pouvoir d'achat. Il comprenait ce que c'était pour les salaires. A chaque fois, il comprenait. Il le disait d'ailleurs, mine attentive et bras ouverts " je vous comprend. Je vais moi même faire des courses parce que ma femme ..." . Mais ajoutait il la mine soudain un peu plus grave, avec toujours des traces de ce sourire qu'il s'y appliquait chaque matin  " vous savez les Marchés ". Pourtant les camarades avaient un peu tout essayé pour le faire fléchir. Il faut dire que tout le monde avait bossé. Certain avaient même fait appel à des amis. Ceux ci leur avaient confiés pleins de " là tu fais ça " même des " là tu fais ça mais ça m étonnerais que ça t arrive " mais au cas où. On ne sait jamais trop. La veille ils s'étaient répartis un peu les " là tu fais ça ". C'est à dire que Ahmed avait gueulé pour ne pas tous se les taper.  Tout le monde s'était mis d'accord, plus ou moins. Mais maintenant toutes les tentatives semblaient échouer au pied des remparts de " Vous savez bien les Marchés ". Les marchés revenaient en boucle monter la garde devant les bénéfices de l'entreprise.  Ceci lui rappelait un peu son père dans son enfance qui refusait telle sortie avec ses collègues parce que " vous savez bien les enfants". Oui il y avait de ça. Les marchés paraissaient une farandole d'enfants joufflus et insatiables sautillant devant le magot mais qui pouvaient apporter de si grandes joies quand on savait bien les satisfaire. Les marchés ces délicieux petits fripons turbulents et imprévisibles que chacun se retenait pourtant de gourmander. Les marchés un peu ces adorables nourrissons au visage déjà botoxé de la pub Evian capables d'offrir 1 si belle chorégraphie, quand ils voulaient. 









Oui oui oui. N'empêche. Ahmed là, il aurait bien abattu 1 main de travailleur sur les fesses talquées des marchés. Il y aurait bien mis du rouge, de la douleur et des larmes sur ces postérieurs dodus.


Ahmed il aurait bien aimé dire. Dire des trucs. Dire des vies un peu concassées chaque jour par leurs 8 heures de travail à la chaîne et sur lesquels les moindres évènements anodins s'abattaient un peu comme des briques. il aurait fallu que ces mots fassent tâche sur cette moquette qui semblait plutôt bien entretenue, même si elle aussi l'" externalisation des tâches annexes " ne semblait pas lui réussir. Les sociétés de nettoyage, pour le soin et la finition ce n'est pas çà. Mais là les mots ne lui vinrent pas à Ahmed. Il sentit bien, sortant du bureau, tout le monde se regardant par en dessous, qu'ils n'avaient pas été bons.


" Causeritz avait raison. Faut jamais laisser l'adversaire choisir le champ de bataille " furent ces mots " et en plus, ajouta t'il y a même pas de machine à café dans son truc ". Donc je crois que çà promettait d'autres trucs pour des prochains épisodes et me rend presque impatient.

Voilà, je crois que c'est à peu près pas tout à fait çà.


vendredi 23 août 2013

Si c'était grave

La journée s'écoulait, sans plus d'ennui que d'ordinaire. Les saisonniers donnaient à la ligne où je m'étais retrouvé des airs de monôme étudiant. Nous étions Jeudi Vendredi et guettions la fin de journée de l'atelier découpe qui le plus souvent annonce la nôtre avec une heure d'avance. Déjà nos collègues passaient pour ranger les bacs, tandis que je tendais sur son passage une main distraite à Pollux, avec qui je partage le fait d'être titulaire, de n'avoir jamais grimpé le moindre échelon et un goût coupable pour le calembour foireux,
 il se pencha pour serrer la mienne tout en me glissant

" Il a quoi comme problème, l'autre?  Il vient de me mettre une main au cul. " puis poursuivit sa route.

J'allais alors vers celui qu'il visait, étudiant saisonnier venu comme d'autres passé son été à travailler en usine.

" Tu viens de mettre une main au cul ? "


 "Euh ben ouais, c'est la vie quoi "

" Ben non ce n'est pas la vie. Tu vas aller t'excuser s'il te plait "


Il ne me dit pas non. Je n'attendis donc pas qu'il ne me dise oui, appelé ailleurs, certain qu'un garçon aussi vif  comprendrait son erreur.

Le lendemain je recroisais Pollux

" Alors, il s'est excusé ? Comment çà s'est passé ? "

" Ben non, il ne m'a rien dit pourquoi ? "

Quelques instants plus tard je croisais au moment de la petite pause Main au Cul dans le vestiaire des hommes

" Dis toi, quand je t'ai parlé de t'excuser  pour ta main au cul je parlais très sérieusement "

Main au cul

" Ben pourquoi, c'est pas grave, de toute façon je ne suis pas gay "

Je montais le son

" Je te résume le truc " On ne mets pas la main au cul des gens " C'est du monosyllabique. C'est pourtant pas compliqué "

C'est à cet instant que je réalisais être en présence de l'assemblée solidaire des mâles dominants huchant de concert

" Mais d'où tu lui parles comme çà "

" T'es jaloux que ce ne soit pas à toi qu'on ait mis la main au cul ? "

" Oh ca va, il y a des trucs plus graves. Il y a du sang qui coule dans le monde "

J'aurais pu ici répondre que travaillant dans un abattoir, le sang qui coule n'avait pas de quoi nous surprendre. Je préférais quitter la place pour en appeler aux compétences du chef d'atelier,  puisque les miennes ne suffisaient pas. Revenu à l'atelier je me plantais devant la porte du bureau où le chef guettait le retour de la pause des retardataires

" Eh dis, c'est normal que Main au Cul ait foutu la main au cul de Pollux ? "

Il me regarda, éberlué

" De quoi tu me parles ? "

" Je te dis que hier, Main au cul a foutu une main au cul de Pollux. Je voudrais  savoir si c'est normal "

" Ben s'il est d'accord. De toute façon on voit tellement de choses, de nos jours "

" Mais ca va pas bien. Je te parle de harcèlement là ! "

C'est à peu près à cet instant que le chef interpella Pollux qui était à son poste de travail, sur la chaîne.

" Eh Pollux ca va pas bien, qu'est ce qui te prends d'embêter tout le monde avec çà "

" Mais c'est du délire là. C'est Main au Cul qui as foutu une main au cul et c'est Pollux qui se fait engueuler ? "

A ce moment le reste de l'atelier revenait de pause et contemplait notre échange, n'en saisissant visiblement pour ma part que le côté Dramaqueen. Voyant alors que mes efforts étaient vains je choisis de tirer ma révérence

" Si c'est comme çà, je prends ma journée "

Derrière moi j'entendis la voix du chef

" Jean philippe si tu t'en vas je passe çà en absence non justifiée "

Le motif de ma sortie de scène me paraissait pourtant assez évident

Le lundi matin je revins au travail comme si de rien puisque personne ne m'interrogea sur l'épisode.  Lorsque j'allais voir Pollux pour savoir comment il allais, il me répondit d'un " Bof " en me racontant les quelques remarques caustiques que tout ceci lui avait valu.

" Mais tu vas en parler aux élus du personnel quand ils seront revenus de vacances ? "

" Oh. Tu sais, je le ferais, si c'était grave ".



"

mardi 20 août 2013

Cher Manuel Valls,



Cher Manuel Valls,  J’ai appris hier dans Libération les propos que tu as tenus lors du Séminaire Gouvernemental portant sur la France de 2025. Tu as donc, entre autres choses, déclaré que la France allait démontrer, dans les 12 ans qui viennent, que Islam et Démocratie était compatible.



Cher Manuel Valls, quand j’étais au collège il arrivait quelque fois qu’on dise d’un de nos camarade  de classe qu’il faisait son intéressant. Je suis d’accord, dans ton cas  ce n’est pas pareil. Ce que tu dis n’est pas très intéressant. Parce que ce que j’ai aussi appris au collège et que l’on m’a répété au lycée c’est que le fait qu’il y ait des musulmans en France a à voir avec la colonisation. La colonisation française, c’est-à-dire l’oppression de peuples africains par le notre. Sachant cela, entendre aujourd’hui que dans notre grande bienveillance nous comptons, quand il nous en prendra l’envie, faire la démonstration que Islam et Démocratie sont compatibles, ce n’est vraiment pas très intéressant.


Cher Manuel Valls,  prendre les musulmans pour les éternels stagiaires de la République n’est pas précisément un acte d’autorité, plutôt un aveu d’ignorance. Les musulmans sont en France des millions comme dans tant d’autres pays, qui vivent, travaillent, payent leurs impôts, militent, soutiennent, contestent ou critiquent tout ou partie de ce que fait le gouvernement en place. Mais ils ont attendu que tu apparaisse pour que tu démontre enfin que Islam et Démocratie sont compatibles . Pourtant je ne suis pas persuadé qu’il faille appeler le Comité Nobel à chaque fois que tu découvre que la Terre tourne autour du soleil, qui plus est sans que tu y sois pour rien. Dans ton élan, peut être compte tu aussi démontrer que les femmes ont la capacité d’assumer l’exercice du pouvoir ( sauf si elles portent le voile et encore moins si elles s’appellent Taubira parce qu’il ne faut pas non plus déconner).

Cher Manuel Valls, en France aujourd’hui, en grande partie grâce aux 10 ans de Sarkozysme,les actes d'islamophobie ont considérablement augmenté. Cela signifie des insultes, des graffitis sur des lieux de cultes et mêmes des agressions contre des femmes voilées. Ceci en 2013. En France. Parce que la religion c'est mal Pendant ce temps tu compte offrir au  monde la démonstration que Islam et Démocratie sont compatibles. Dans ta grande générosité, j’espère que les musulmans pourront assister à ce grand numéro de Music-Hall sans bourse délier. L’essentiel étant que ceci te dispense de prononcer le terme d’ islamophobie. Parce que Caroline Fourest nous l’a bien expliqué le terme d’islamophobie est une invention des conservateurs iraniens pour interdire toute critique de l’islam. Et ce serait pure méchanceté que de demander s’il existe la trace d’une seule tribune de conservateurs iraniens sur ce thême et surtout pourquoi islamophobie n’existe pas en persan. Pendant ce temps tu réfléchis gravement sur tous ces lieux ou la laïcité, tel que tu l’entends c’est à dire sans femmes voilées, peut s’étendre : crêches, Université… Du moment que personne ne demande pourquoi le Concordat sévit encore en Alsace Moselle. La laïcité, il y a des lieux pour ça.

Cher Manuel Valls, notre pays compte des milllions de chômeurs, il est face à  des enjeux capitaux réindustrialisation, transition  énergétique, Démocratie à réinventer, parvenir à redonner du sens à la politique.  Pendant ce temps tu en es encore à faire comme si l’Islam devait prouver qu’il n’est pas incompatible avec la démocratie. Si tu généralisais autant envers le capitalisme que tu en as l’habitude envers l’Islam avec tous les plans de licenciements intervenus ces derniers mois tu serais aujourd’hui rendu à l'extrême gauche gauche de Arlette Laguiller. Fort heureusement tu as échappé à un si grand tourment.

Cher Manuel Valls, j’en suis à quelquefois m’étonner que personne ne te demande de démontrer que tes aspirations sont bien compatibles avec la Gauche. Ce serait sûrement fort intéressant.


samedi 6 juillet 2013

A la fin de l'envoi, je touche











    Ce jour là, je pestais . Le Théâtre National de Bretagne, entreprenant  son  ravalement de facade,  avait généré un grand chambardement . Les spectacles ayant été délocalisées dans des salles périphériques, il m'avait fallu vingt minutes pour trouver sur le plan des lignes de la STAR comment me rendre à  " Place Royale  " .  Dans le bus je n'avais même pas une place assise et devais me cramponner à la barre pour ne pas tomber. C'est cette vigilance qui me fit entendre une jeune fille qui s'informait auprès du chauffeur de l'arrêt correspondant au Théâtre. J'aurais donc au moins des compagnons d'infortune me dis je, reluquant  dans son dos sa chevelure chaton foncé. Nous étions encore à deux arrêts de notre destination  lorsqu'elle fit mine de descendre. La voyant  sur les marches je  lancais

" Vous vous trompez,  c'est l'arrêt suivant pour aller au Théâtre ".

"Elle se retourna pour me sourire

"Merci, je suis un peu perdu je crois. Comme je viens de m'abonner et je crois que c'est un nouveau lieu je ne connais pas et puis il faut bien dire que c'est loin du centre d'ailleurs je n'avais jamais pris cette ligne....."

En plus d'être souriante elle était  donc volubile. Nous échangeâmes quelques formules cordiales. Le bus s'arrêta Station Corbière.  Je lui fis signe que c'était la bonne. Sur les quelques mètres nous menant  au Théâtre on se fit les présentations.   Elle poursuivait un mémoire "*Parapluie, attribut du comique chez Chaplin, outil du burlesque chez Tati et signe du tragique chez Angélopoulos " sous la direction du Professeur Grédron.
J'étais allé à la fac' mais m'en étais sorti . J'étais maintenant DanDylettante et un futur écrivain,  prétendant saisir le réel  par un grand jeu d'artifice, m'étant choisi un  nom de plume, Ostinato,  le nom de l'ami imaginaire de mes 18 ans.


Sorti du théâtre, nous allâmes prendre un verre dans un troquet. Elle me parla de sa vie, ses projets, ses goûts, évoqua  les auteurs russes. J'étais à domicile, citais la litanie de mes slaves Gontcharov, Tchékhov, Grossmann, Dostoievski,  Pelevine, Prilepine, dit de Gogol que toute la littérature russe était sorti de son manteau, de Pouchkine qu'il était bien surfait, que pour le cinéma il ne fallait pas s'arrêter à Eisenstein mais qu'il y avait Barnet aussi...."

"Ah moi en cinéma j'aime beaucoup Godard, pour son sens du montage, et puis aussi Kubrick bien sûr  parce que c'est le metteur en scène stratège  qui parvient à poser ses règles face aux studios, et puis les premiers films d'Egoyan son  sens du puzzle dans le récit, son utilisation de la vidéo, ceux de Carax pour sa cinéphilie qui sauve son cinéma de l'autisme , certains de Greenaway, l'oeuvre de Edward Yang pour la mélancolie qu'il accorde à chacun de ses personnages, Max Ophuls, les rôles de Pierre Richard, la moustache de Jean Rochefort ... tant d'autres..."

Ah,  nous étions fait pour nous attendre.



Le lendemain je  trouvais sur Facebook une demande d'ami qu'il ne me restait plus qu'à confirmer. Nous frayâmes donc dans ce terrain de jeu .Elle y était, insaisissable,  pouvait pour un oui ou pour un non lâcher un laconique " C'est bien çà ..." à cette vidéo qui m'avait demandé presque un WE de recherches sur le net





puis quelques mois de silence passé,  me lancer tout à trac un "Bon anniversaire .... Toi " avec ce discret accompagnement




avant de se livrer à un claviardage frénétique. Pour ma part, même si je ne l'aurais échangé contre rien au monde, je restais soupirant, coulé dans la position de l'aimant. Comme mes congénères le savent bien, elle se situe précisément un quart d'heure avant la déclaration d'intention délictueuse. Je savourais donc ce moment des possibles  ou rien ne  m'était interdit puisque l'on ne m'avait encore rien refusé.

Tout ceci dura, des jours et  des semaines s'écoulaient  et un peu de moi aussi.



Il me fallait bien me résoudre  à rompre le suspense.  Elle revenait de ses vacances, passé à Barcelone,  le 6 Septembre. Je l'invitais le jour même à passer chez moi . D'habitude nos retrouvailles se passait  " t'amène les chips et moi le Banga ". Cette fois ci j'avais décidé de passer au mode romantique, qui n'est jamais que le flonflon qu'on mets à la formulation de nos désirs. Je n'avais reculé devant rien, lumières tamisées et bougies, Tiramisu agrémenté d'amaretto et accompagné de Jurançon,musique qui, comme le disait mon neveu fait des bisous, Al Green, Barry White, Macy Gray, Portishead ou Christophe  au choix









Je l'entendis arriver dans l'escalier pendant que par une sorte de réflexe inconscient je farfouillais de mon smartphone sur son Facebook  et c'est à l'instant précis où elle fit claquer ma porte que par un simple clic  je lus qu' elle venait de modifier les informations sur son profil, alors qu'elle lancait dans le couloir de l'entrée cette formule rituelle " Comment tu vas bien mon petit poney ?" qu'elle m'avait réservée,  que je saisis que Camillia était dorénavant passée du vestibule de" célibat " à l'entrée au salon "en couple" , avec un bellâtre qui arborait sur sa photo de profil une caméra de dimension tout à fait respectable.

vendredi 5 juillet 2013

Vie de militant

Vie de militant

Lorsqu’il ne faut pas tant médire du militantisme. Il nous offre des déceptions que rien d’autre ne procure.

Lorsque tu prends ta carte au Parti, à 20 ans

Lorsque tu assiste à ta première Assemblée Générale

Lorsque tu entends des analyses politiques

Lorsque tu fais ta classe.

Lorsque  tu diffes des tracts

Lorsque tu colles des affiches

Lorsque durant un congrès tu jettes des coup d'oeil de droite à gauche pour apprendre comment tu veux voter

Lorsque tu intègre des analyses politiques

Lorsque tu reprends ta carte

Lorsque tu tentes de produire des analyses politiques 

Lorsqu’on te demande ta motion 

Lorsqu’on te demande ton analyse politique

Lorsque tu fais des cartes

Lorsque tu vas aux manifs pour voir des potes et que tu y tiens salon

Lorsque, durant une campagne municipale, le quidam à qui tu fais l’article pendant 15 minutes sur la vision transversale du projet et qu’il finit par te demander    «et, les pissotières ?…»

Lorsque tu figures dans le décor sur la tribune pendant les meetings
 
Lorsque tu bâtis l’avenir, puisqu’il nous appartient, dans un énième amendement au monde tel que nous le rêvons et foin du pragmatisme, cette inhibition soumise à l’ère du temps. On est très sérieux lorsqu’on est militant et incapable d’attendre d’être député pour avoir de l’esprit.

Lorsque tu entends que les idées ne traversant pas la rue pour serrer la main du quidam il faut bien que certains se dévouent, quitte, parfois, à marcher sur les pieds.

Lorsque contant en quelques mots pressés l’une quelconque de ces AG de congrès tu annonçais, péremptoire  «  Ca y est. On a instauré la société du temps libéré par les 32 heures, une Europe Fédérale, abrogé les lois Pasqua Debré, réduit le nombre des députés, dépénalisé l’usage des drogues, instauré le numérus clausus en prison, mis fin au nucléaire, donné le droit de vote à tous les résidents en France, accordé le mariage pour tous… »

Lorsque toutes ces résolutions, ces amendements, contributions, amendements, résolutions ou motions, cartographies intimes des champs du possibles, ne sont des engagements qu’envers nous-mêmes, ce n’est pas pour cela que nous n’allons pas les tenir.

Lorsque tu rédige un amendement sur un bout de papier pendant un congrès

Lorsque le Dimanche 21 Avril 2002, à 20 h …

Lorsque tu apprends à modérer ton enthousiasme, réserver ton admiration, marchander ton soutien..

Lorsque tu  savoure tes défaites, surmonte tes victoires, Lorsque tu parviens à distinguer l’une et l’autre.

Lorsque, qu’est ce que t’as bien pu faire de ton analyse politique


Lorsque tu te présente, à des élections
Lorsque tu te présente, à des électeurs
Lorsque tu te représente tes ambitions

Lorsque  quelqu’un te révèle qu’il a travaillé 4 ans, avec la femme d’un député

 Lorsque tu comptes combien de cartes tu as dans ton jeu depuis ces 17 ans

Ostinato. Louis René des Forêts

Ostinato c'est d'abord un procédé musical consistant à répéter une formule rythmique durant tout un morceau. L'illustration la plus connu est le fameux Boléro de Ravel.


 
 
        Ostinato est aussi un livre de Louis René des Forêts. Il fait partie des quelques livres qui m'ont marqué dans  mon existence de lecteur, avec les mémoires de Casanova, La Cerisaie de Tchekhov;la place de Annie Ernaux , La Guerre Des Boutons de Pergaud, Splendeurs et misères des courtisanes de Balzac,  l'Illusion Comique de Corneille,  le dyptique Pour une Juste Cause et Vie et Destin de Vassili Grossmann Oblomov de Gontcharov  et tant d'autres ....
Louis René des forêts nait en 1918 dans le Berry. Il ressent d'abord, assez jeune, l'appel de la mer et entre à 13 ans dans un collège breton qui prépare à la carrière maritime. Il découvre Baudelaire, Rimbaud, Shakespeare. Il entreprend ensuite des études de droit et de science politique.
Mobilisé en 1939 il est ensuite renvoyé dans son Berry natal. Il entre dans la Résistance jusqu'à la Libération.
Il parvient à écrire quelques romans ( Les Bavards et les Mendiants en 1943 et 1946 aux éditions Gallimard ) et écrit des articles dans de nombreuses revues. Il se lie avec des auteurs comme Blanchot, Antelme, Bonnefoy.
En 1967 il fait paraitre Les Mégères de la mer aux éditions du Mercure de France. L'ouvrage restera ignoré du grand public. L'auteur, qui est sans doute marqué par la disparition de sa fille en 1965 à 14 ans, restera durant 30 ans confiné dans le silence . En 1997 il fait paraitre  Ostinato aux éditions du Mercure de France qui sera suivi de Pas à Pas jusqu'au dernier en 2000 et qui recevra un certain succès public grâce à une critique et un  bouche à oreille élogieux.

      Louis rené des Forêts disparait le 30 Décembre 2010.
 
     Ostinato n'est pas un roman . Il faudrait  pour cela une intrigue.  Ce sont ce que l'auteur  appelle des "fragments" tissé sur une trame biographique. il constate l'arrogance du langage inapte à rendre compte pleinement des choses , que ce soit l'horreur absolu des camps de concentration mais aussi la perte intime que représente le deuil de l'enfant. L'auteur organise son propre effacement . Il  compose par croquis de mots qui semblent chacun composer un monde en soi et  en même temps se répondre l'un à l'autre. Mais chaque pas que l'auteur fait en retrait c'est une invite au lecteur à investir l'espace laissé libre.   Ses fragments sont autant de compositions dont une simple variation dans l'ordonnancement peut modifier l'optique.
Ce recueil est fait pour être un livre de chevet dont chaque graine chemine en nous, rebrousse parfois chemin , s'égare, reprend sa route sans bien connaître sa destination.
"Ce ne sont ici que figures de hasard, manières de traces, fuyantes lignes de vie, faux reflets et signes douteux que la langue en quête d'un foyer a inscrits comme par fraude et du dehors sans en faire la preuve ni en creuser le fond, taillant dans le corps obscurci de la mémoire la part la plus élémentaire :- couleurs, odeurs, rumeurs -, tout ce qui respire à ciel ouvert dans la vérité d'une fable et redoute les profondeurs.

jeudi 4 juillet 2013

Monk est l'un d'entre nous





Monk    est une série télévisée US qualifiée couramment de policière  créée par Andy Breckman et diffusée à partir  du 12 juillet 2002 sur USA Network.
      Elle  décrit les aventures d'un consultant de la police de San Francisco, Adrian Monk. Celui-ci est un ancien officier de police qui a dû quitter les forces de l'ordre suite à une profonde dépression causée par l'assassinat de son épouse. C'est son infirmière, Sharona Fleming et son analyste Charles Kroger qui lui permettront de remonter en partie la pente. Son infirmière deviendra son assistante puisqu'il ne pourra se faire réintégrer dans la police. Il sera cantonné à un rôle de consultant de la police de San Francisco, dirigée par son ami,  le capitaine Leland Stottlemeyer. Les épisodes permettront de façon progressive de prendre conscience que Mr Monk est un être que son existence (notamment son enfance et son rapport à sa mère) a rendu plein de phobies. Cela en fait un mixte de Columbo et de Rain Man.
( Je vous renvoie à la fiche Wikipédia pour plus de précision)


       Je disais en préambule que Monk est une série qualifiée de policière.
C'est que Monk est un agent  destiné à subvertir la série policière. L'intrigue est la plupart du temps relativement classique. Plusieurs épisodes annoncent, de façon plus ou moins explicite qui est le meurtrier, ce qui l'apparente à la série Columbo.  L'enjeu est de savoir comment va réagir Monk face au défi, le "Whodunit", mais aussi face au monde qui l'entoure. La  série, en donnant de façon homéopathique les précisions sur son parcours, permet au téléspectateur de développer un fort sentiment d'empathie pour Adrian Monk. En parallèle elle prend soin de mettre son personnage en danger en bousculant ses repères, le mettant si l'on peut écrire dans tous ses états, notamment lors du tremblement  de terre ou il se retrouve incapable de s'exprimer et lors de ses voyages à New Yok et au Mexique.
     
       Monk est une série qui se distingue parce qu'elle décrit un homme assiégé par le monde qui l'entoure. Adrien n'est pas tant un enquêteur qu'un homme en quête. Il  mène une croisade pour parvenir  à celui qui a assassiné, puis celui qui a commandité l'assassinat de sa femme, Trudy. Soit dit en passant avec le peu d'anglais dont je dispose, True veut dire Vérité. Les petits cailloux disséminés au fil de la série montre combien, des années après, il reste fidèle à la femme de sa vie. A chaque Noël, il remet sous le sapin le cadeau qu'elle lui avait préparé et qu'il n'a toujours pas  ouvert, se bat contre la destruction du parking où elle a été assassinée, garde toujours en location le bureau où elle travaillait.

      C'est aussi l'histoire d'un héros qui, comme le Tintin de Hergé le fait avec le Capitaine Haddock et La Castafiore, se recompose une famille idéale avec le capitaine Leland Stottlemeyer et Sharona Fleming, qui sera remplaçée par Natalie Teeger. Ce sont eux qui lui pemettent d'affronter le monde qui l'entoure.. C'est parce qu'il est ce Rain Man qui ressent comme une agression toute variation de son environnement qu'il est un aussi brillant détective.Ce qui représente, comme il le dit lui même, "à la fois un don et une malédiction".  Sartre disait, dans "Huis clos" que " L'enfer c'est les autres". Pour  Monk l'enfer commence à ce monde qui l'entoure.
Il n'est pas indifférent de remarquer que la série a pour musique de générique un morceau de Jazz, musique auquel le philosophe était sensible.


     Cette série nous est destinée, parce qu'elle évoque l'un d'entre nous.

http://exergian.tumblr.com/post/241887024









Paroles originales Traduction
It's a jungle out there C'est la jungle là dehors
Disorder and confusion everywhere Tout n'est que désordre et confusion
No one seems to care Personne ne semble y faire attention
Well I do Mais moi, si
Hey, who's in charge here? Hé, qui est le responsable ici ?
It's a jungle out there C'est la jungle là dehors
Poison in the very air we breathe Du poison jusque dans l'air qu'on respire
Do you know what's in the water that you drink? Savez vous ce qu'il y a dans l'eau que vous buvez ?
Well I do, and it's amazing Eh bien moi je sais, et c'est incroyable
People think I'm crazy, 'cause I worry all the time Les gens pensent que je suis fou parce que je m'inquiète tout le temps
If you paid attention, you'd be worried too Mais si vous faisiez attention, vous vous en feriez aussi
You better pay attention Vous feriez mieux de faire attention
Or this world we love so much might just kill you Ou ce monde que nous aimons tant pourrait bien vous tuer
I could be wrong now, but I don't think so! Bon, je pourrai avoir tort... mais je crois pas !
'Cause there's a jungle out there. Parce que il y a une jungle là dehors.
It's a jungle out there. C'est la jungle là dehors.