dimanche 25 mai 2014

M Cazeneuve,

                     J'ai appris ce matin que vous avez joué Vendredi dernier sur le plateau de Europe 1 un admirable duo avec votre hôte, M Jean Pierre Elkkabach.  Vous vous êtes tous deux, tout en échangeant comme l'usage le veut quelques piques, penché sur la question de savoir comment empêcher Mme Souad Merah de quitter un pays pour éviter qu'elle ne le menace et comment interdire à une ado de 15 ans et quelques de parvenir à regagner la France où elle  a effectué une partie de ses études. On voit que vous avez tous deux le sens des priorités devant toutes les menaces qui se présentent. La question de la délinquance financière ne fut, il faut bien entre nous le reconnaitre, évoqué que comme un petit agrément.

Mais surtout vous avez déclaré que Mme Dibrani, adolescente de 15 ans et quelques, a intérêt à agir avec Mme Le Pen, leader, je vous le rappelle, d'un parti d'extrême droite et par ailleurs né en 1968.
car c'est " la même outrance, la même manipulation, le même art consommé du mensonge ! Elle font campagne ensemble visiblement ".

M Cazeneuve, je sais que vos qualités de couteau suisse de votre éminent président ne vous ont conduits que depuis peu Place Beauvau. Les portraits qui sont faits de vous s'accordant sur votre capacité à dévorer des dossiers je ne crois pas pourtant que vous pêchiez en la matière par ignorance.
Je dois par contre vous avouez la mienne.

Je ne sais pas comment un ministre de la République peut évoquer la situation des Rroms sans évoquer le fait que 17 milliards d'euros ont été attribués en 6 ans par l'Union Européenne à la France pour permettre l'intégration des Rroms et que cet argent n'a pas été utilisé. Il ne me semble pas que ceci soit le fait d'une adolescente.

Je ne sais pas comment un ministre de la République peut évoquer la situation des Rroms sans évoquer le fait  que ni les pouvoirs publics  ni les élus n'appliquent ni la loi dont une directive de M Jean Marc Ayrault au mois d'août 2012. A vous entendre vous et vos collègues du gouvernement vous semblez avoir découvert un gisement inépuisable de courage.  Malheureusement il ne vous est jamais venu à l'idée d'en user contre les politiques qui s'en prennent aux Rroms, tel votre prédécesseur M Manuel Valls

Je ne comprends pas et dois simplement constater qu'un homme politique considéré comme aussi équilibré que bien mis peut sans le moindre frissonnement mettre sous le même plan la leader d'un parti d'extrême droite et une adolescente que vous offrez en pâture aux auditeurs de Europe 1, sans même prendre la peine de l'appeler par son nom de famille . Je pourrais vous renvoyer à la circulaire de 1945 qui expliquait que, même s'ils commettaient des délits, les adolescents sont avant tout des personnes que la République se doit de protéger. Mais vous avez bien d'autres intérêts à coeur.

Etant le Ministre de l'intérieur  vous allez comme d'ordinaire apparaitre ce soir sur les écrans de télévisions pour annoncer les résultats en France des élections européennes. Il se peut bien que comme les sondages et les commentateurs politiques nous l'annoncent, que ceux ci soient marqués à la fois par une forte montée de l'abstention et une progression sensible de l'extrême droite. Après votre apparition les débats sur les plateaux se feront pour savoir à quoi on doit attribuer ce phénomène. Il se peut bien que la manipulation, le mensonge, la lâcheté de beaucoup y tiennent une part. Vous êtes une personne avisée. Vous avez trouvé bien avant moi de qui il s'agit. Il y a bien pire que le bruit des bottes, le silence de pantoufles.



dimanche 11 mai 2014

Nouveau-Né, Georges De La Tour

Nouveau-Né, Georges de La Tour,
1652 Lunéville, Musée de Rennes,
Saisie Révolutionnaire sur une collection d'émigré.



http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://www.bretagne-musees.fr/var/ezwebin_site/storage/images/collections-et-dossiers/les-chefs-d-aeuvres/nouveau-ne/2152-1-fre-FR/Nouveau-ne_billboard.jpg&imgrefurl=http://www.bretagne-musees.fr/Les-musees/ILLE-ET-VILAINE/Rennes/Musee-des-Beaux-Arts-de-Rennes/Nouveau-ne&h=623&w=764&tbnid=P7xdIoGFUuiw8M:&zoom=1&tbnh=90&tbnw=110&usg=__ms_0ioZlVuIISINYthuOMtsuwjU=&docid=Qzfk8b34Ze5-0M&client=firefox-a&sa=X&ei=zpVvU572HPOb1AXCjoH4Cw&ved=0CFMQ9QEwBA
                                                                                                                                               Le Peintre et son environnement

Georges De La Tour naît le 14 Mars 1593 dans une famille de négociants à Vic Sur Seille, qui est situé à proximité de Metz, sous la protection des autorités francaises.
Il se marie le 2 Juillet 1617 avec Diane le Nerf d'une famille de notables locaux de Lunéville, dans la même région, où il va s'établir peu après.

                 De sa formation de peintre nous ne savons pas grand chose . A t'il effectué ou non le traditionnel voyage à Rome ? En 1627  la colonie des lorrains regroupe près de 6 000 personnes dans la cité pontificale.( Cf "ABCclaire de George de La Tour", Editions Flammarion, 1997, P 102 )   Est il passé par l'atelier de Bellange, peintre (1575  _1617 ) qui a profondément marqué toute cette génération de peintres lorrains ? On peut au moins constater que sa peinture  témoigne de l'influence de Caravage ( 1573_1610 ) notamment ce qu"on appelle la catégorie des " Nuit " ( qui regroupe entre autres " Le Nouveau- Né" , " "Le reniement de Saint Pierre" (1650, 120/160 , Nantes, Musée des Beaux Arts )) et que l'on distingue d'autres tableaux dans l'oeuvre de La Tour  , tel que " Le tricheur à l'as de Trèfle", Date indéterminée, 96/ 155, Fort Worth, Kimbell Art Muséum, USA) qui représentent des scènes en plein jour.
La carrière de De La Tour sera une rapide ascension puisqu'il s'établit en 1620 à Lunéville avec des lettres d'exemption signé du Duc Henri II qui l'assimile en partie à un noble et qu'il parviendra à se faire désigner en 1639 " Peintre ordinaire du Roi ".

 
Après sa mort son oeuvre tombera dans un relatif anonymat . Ce n'est qu'à partir de sa redécouverte par l'historien d'art Hermann Voss dans le début du XX ème Siècle . La paternité de ses toiles lui est rendu . 

" Qu'un tel peintre soit resté aussi longtemps inconnu, c'est que nul n'étais mûr pour recevoir ses confidences ". Elie Faure, Histoire De l'Art, L'Art Moderne I, (1ère édition en 1921) P214 dans l'édition Folio essais de Mars 1988 )

     Son oeuvre s'inscrit aussi dans le cadre de la contre Réforme
amorcé depuis le Concile de Trente qui s'est déroulé de 1545 à 1563. Celui ci était destiné à répondre à la montée du protestantisme,
avec la création de l'ordre des Jésuites et des dominicains .
De La Tour, dont on pense qu'il était lettré, pourrait avoir été marqué par l'oeuvre de Jean De La Croix, théologien espagnol  qui appele les fidèles à retrouver Dieu dans son coeur, avec la nécessité de passer par la Nuit, le dépouillement, l'ascèse.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_la_Croix

http://www.carmel.asso.fr/-Doctrine-de-Jean-de-la-Croix-.html


Par ailleurs ce choix d'une Nativité n'est pas anodin. Dans l'histoire de l'Art ce choix fait date puisque c'est la première représentation d'un nouveau né dans l'histoire de la peinture mais le sujet est sensible aussi pour son auteur qui a perdu certains de ses enfants.



                            L'oeuvre



      Deux femmes, l'une de profil, l'autre de face . La première au double menton attestant de son âge,portant une tunique  ceint par une bande noire , de sa main droite tient de seulement trois doigts, pouce, annulaire et auriculaire une bougie tandis que sa main gauche semble épouser le mouvement de la flamme en la dissimulant a moins qu'elle ne s'apprête a moucher la bougie. La seconde aux traits plus délicatement dessiné et aux yeux mi clos eux aussi portant une tunique rouge évoquant la perte de la virginité, les douleurs de l'enfantement. Cette robe est ceint par une bande  marron. On décèle plus qu'on ne voit dans ce clair obscur entretenu par le peintre sa coiffe.  Elle porte un nourrisson emmailloté. Sa main gauche est saisie dans le mouvement au point que l'on ne saurait dire si elle relâche sa pression sur son enfant ou si elle va l'accentuer. Ce nourrisson semble dormir.

On peut tout d'abord constater l'austérité de ce tableau, point d' auréoles, nul anges ou archanges. Seulement la peinture.

Certains ont pu voir dans ce tableau celui de la mort du Nouveau-Né. On peut interpréter ainsi le fait que ce nourrisson n'ouvre pas les yeux, la sérénité des deux femmes en deuil, le geste de la main de la femme de profil qui voudrait éteindre la flamme, symbole de vie, le relâchement de la main de la mère sur ce corps mort.

Cette hypothèse n'est pas la seule . Décentrons notre regard et concentrons nous sur le véritable personnage principal
de ce tableau, la bougie ou ,pour être plus exact, la flamme. Nous réalisons alors ce qui fait la singularité de cette peinture.
Cette flamme est dérobée aux regards puisque la femme de profil la dissimule de sa main droite. Pourtant c'est sa lumière
qui éclaire toute la scène. Ce tableau est donc bâtie sur la présence/absence d'une figure.

     C'est cette absente qui compose toute la mise en lumière de ce tableau. C'est par son entremise que la main de l'ainée étend son ombre bienveillante sur le nourrisson. C'est elle qui n'éclaire qu'en partie le visage de la mère. Ce que représente cette flamme c'est la vive lumière de l'Esprit Saint devant qui la mort est à la fois présente et vaincue.

Pour finir permettons nous de citer René Char, résistant qui saluait ainsi le peintre auteur du tableau du Prisonnier. ( Qu'on reconnait maintenant être celui de Job et sa femme,vers 1640_1645 Huile sur toile, 145 X 97 cm Musée départemental d'art ancien et contemporain d'Epinal )
Il garda durant toute la guerre dans son repaire une reproduction de cette peinture .


" Reconnaissance à George De La Tour qui maîtrisa les
ténèbres hitlériennes avec un dialogue d'être humains "

( Cf " Feuillets d'Hypnos" )
 
http://www.educnet.education.fr/louvre/ecriture/char2.htm
     Reconnaissance à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténébres hitlériennes avec un dialogue d'êtres humains.    Reconnaissa  Reconnaissance à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténébres hitlériennes avec un dialogue d'êtres humains. nce à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténébres hitlériennes avec un dialogue d'êtres humains.

dimanche 13 avril 2014

Journée d'ouvrier

le

 Fiction : Assemblage subjectif de faits réels, dont certains n'ont pas été inventés.


La douleur le réveilla. Il était en chien et en sueur sur son lit. Il avait égaré sa nuit, sentait cette sorte de rouille d'usure et de fatigue sur ses muscles. Il ne parviendrait pas à se rendormir. Ni à se réveiller. Cet entre deux de foireux. Temps que cette semaine aussi s'achève. Il n'était que 5 h du matin.
La cafetière fumait. Il s'installa avec sa tasse face au velux pendant que sa platine passait Ring of fire de Johnny Cash en sourdine. En se contorsionnant un peu contre le mur il pouvait trouver une position ou il ne morflait pas trop. Au loin il apercevait les lumières des éoliennes sur la colline voisine. Un mec lui avait raconté un jour combien ils avaient des problèmes avec les chauve-souris. Ces bestioles avaient pourtant des radars. Mais comme elles volaient en groupe, elles avaient tendance à faire confiance à la voisine pour veiller au grain et débrancher le radar, comme on déconnecte la Wi-fi. Les éoliennes ne figuraient pas encore dans leur GPS, elles se prenaient l'obstacle dans la gueule. Donc pour protéger les éoliennes il fallait leur démontrer que le danger pouvait être mouvant, qu'il fallait savoir bien l'identifier sous des masques,  garder une vigilance collective, que c'est autant toi qui protège le groupe que le groupe qui te protège. C'est vraiment rien que bête une chauve-souris. Ce serait une histoire à raconter à la gamine ce WE. L'appart' était pas trop mal rangé. Elle aurait bien quelques trucs à mettre en dawa. Il décida d'aller au boulot à pied. Il avait bien le temps, ça ne commençait qu'à 7 h 30. Et il n'avait pas encore de quoi faire réparer sa voiture.
C'était la pleine lune, à cette heure ci il n'y avait que quelques chats dans les rues et il ne croisa même pas de poids lourds. La reprise devait se lever plus tard.
Quand il arriva en salle de pause il y avait déjà 3 caristes qui se prenaient un café en attendant  les premiers camions.

«  Alors comment que c'est, t'es venu à pattes? Tu te mets au sport sous la pluie maintenant?»

«Boh il ne pleut pas. Juste un peu de bruine quoi.»

« T'as eu de la chance. Il y a eu une saucée hier soir. T'aurais bien pu te la prendre»

« Mais non, c'est calmé. On aura juste un un peu de crachin

Le mécano arriva, mine chafouine, farfouillant dans son bleu de travail pour trouver de quoi s'offrir un café au distributeur

«  Ils vont me faire foller. Sérieux. Devinez sur qui je viens de tomber, l'autre du service qualité qui me dit qu'elle ne m'a pas vu me laver les mains, je viens de le faire dans les toilettes elle me dit qu'il faut que je le refasse dans le couloir pour qu'on me voit s'il y a un audit des services hygiène »

« Tu sais très bien que si on loupe un audit, la boîte risque de cabaner et on va tous se retrouver à la chôme »

«  Mais bordel de cul si c'est pour me faire voir tant qu'on y est je peux bien faire payer des tickets. Au lieu de me les courir ils feraient mieux tous de passer à l'atelier 42. Sérieux, tu connais la dernière ? La sortie de secours comme deux tordus l'ont utilisés comme raccourci le chef l'a barré «  pour raison de sécurité » Une sortie de secours. Sérieux. Ils vont me faire foller. Tiens, regardez la dernière note de service de la direction. C'est sympa»

Il sortit de sa poche une feuille chiffonnée qu'il étala sur la table pour pointer du doigt du doigt deux lignes soulignées au rouge sous les yeux de ses collègues

« Notre entreprise investit dans la qualité humaine en recrutant 3 cadres venus de la concurrence. Les rumeurs de plan social sont donc parfaites et non avenues.»

« Ils sont forts »

« C'est la secrétaire qui a tapé ça ? »

Même si c'est la secrétaire le directeur l'a signé. Mais c'est pas sa première fois.
Ils viennent de la concurrence, quelle boîte?

« Furinoir »

« Nan Furinoir c'est chez nous, c'est juste une filiale »

T'es sûr ? Si c'est la même boite que nous pourquoi ils portent pas le même nom ?

Nan, mais je crois que c'est une boite qu'ils ont racheté parce qu'elle faisait pareil ou alors ils en ont créé une pour faire autre chose. Je sais pas trop »



Il était déjà près de 7 h 30. Il quitta ses collègues pour partir bosser

Arrivé dans l'atelier il réalisa que Ahmed et antoine étaient absents. Il interpella l'élue du CHSCT.

«  Mais il n'y a pas de mecs avec moi sur la ligne ? Je vais tourner avec qui moi ? T'as vu l'état de mon dos ? »

«  Oh Mille-malheurs ça va bien, pleure toujours, tu pissera moins ! Depuis le temps qu'on vous dit au syndicat qu'il faut réorganiser les postes pour qu'ils ne soient pas séparés entre ceux des hommes et des femmes. Vous êtes bien contents les mecs d'être les seuls à porter les bacs, du coup il n'y a que vous comme conducteur de ligne dans cet atelier. Quand on ne sait pas être solidaires avec le groupe faut pas s'étonner quand ça te tombe sur le rab personnellement »

Il se mit à son poste, soulever des bacs pour les poser sur les rails qui les entrainaient jusqu'aux collègues qui mettaient les produits en carton. Ça tirait dès le début. Chaque bac pesait au moins 10 kg et la ligne tournait bien à 200 bacs à l'heure. A la fin de la matinée il avait un mal de chien aux épaules. Il profita de la pause du midi pour aller s'allonger dans le parc. Il ne lui restait plus que 4 heures à tirer. La semaine l'achevait. Arthur lui raconta comment il avait obtenu une prescription du médecin pour un corset.

Revenu au boulot à 13h ça allait un peu moins pire. La ligne tournait moins vite puisque les ordinateurs ramaient pour obtenir les commandes. Ça lui permettait de souffler un peu. Au bout d'un moment, il se posa contre la palette dans la position où il morflait un peu moins. Il pensait à sa fille, ce Week-end avec elle serait une friandise, trop bon, trop court, elle engloutirait les pâtisseries, voudrait qu'il mette tous ses vinyles, contemplerait la façon qu'ils avaient de danser sur la platine, lui raconterait ses séances chez l'ortho à se mettre les mots du bon côté et garder son nom bien propre.

«  Ah. Je vois que ce n'est pas difficile pour tout le monde. Vous vous reposez bien ? On se la coule douce ? »

Le sourire de Xavier Bertrand sur la tronche de M Drumond Il ne l'avait pas vu arriver, ce devait être un cadre, vu sa blouse blanche.

«  Mais la ligne est arrêté. Je me contente d'attendre que ça redémarre »

« Je vois que vous avez envie de jouer. Je vais vous dire. Je suis le Numéro 2 de cette entreprise. Je peux vous dire que je sais plus jouer que vous. Vous allez me voir »

Le mec se barra à grandes enjambées, moulinant avec ses bras avant de rentrer dans le local de l'atelier.

Vers 15 h son chef d'atelier passa, se lissant la moustache

«  Bon. Toi tu as fini ta journée. Tu peux rentrer. »

«  Mais je n'ai fait que 6 h !! Tu sais bien que je veux prendre des RTT pour le RDV de ma gamine chez l'ortho. Si tu me bouffe déjà mes heures ça va pas le faire »

«Oh c'est bon. De toute façon vu comment tu avance aujourd'hui c'est ce que tu as de mieux à faire. Et puis on verra bien ce jour là. Pour aujourd'hui tu rentre. C'est bon »

Sorti des bâtiments il s'arrêta un instant pour habituer ses yeux au soleil qui était au plus haut à cette heure ci. Il tapota sur son portable pour voir ses messages. Il avait un SMS d'alerte de la banque postale pour son découvert. Derrière lui il entendit quelqu'un, marchant vite et parlant fort. Il se retourna, c'était Mme Damoizeau la députée socialiste et son attaché parlementaire qu'il avait souvent croisé lors de la campagne.
Elle lui tendait la main, aussi souriante et énergique que d'ordinaire.

« Tiens. T'es sorti tôt »

« Euh ouais. Y a pas trop de boulot ces temps ci. Mais je ne savais pas que tu passais. Personne m'avait dit au syndicat »

« Oh je suis juste passé rapide voir la direction pour faire le point. Je ne vais pas avoir le temps de passer au CE. Tu vas par où toi ? »

«  Je passe à l'école, récupérer ma fille. »

«  Je vais te déposer. C'est sur ma route pour la permanence  »

Ils montèrent tous deux dans le Break. Mme Damoizeau parlait toujours aussi vite et aussi fort en martelant parfois le volant

J'ai vu votre nouveau directeur tu sens qu'il a envie de se mobiliser. Et les nouveaux bureaux sont bien fonctionnels. Tu les a vu ? »

« Euh non je ne vais pas souvent dans les bureaux en fait »

« Tu dois bien passer quelque fois au CE quand même ? »

«  Euh ouais mais le local du CE est dans les préfabriqués depuis 6 mois parce qu'il fallait refaire les locaux »

«Oh. Oui enfin tu sais les élus du CE, ils sont un peu comment dire un peu laborieux. Ils ne se rendent pas compte qu'il il y a un travail capital aujourd'hui. Si on veut respecter le programme du Bourget il faut restaurer la compétitivité des entreprises. Faut en finir avec les tabous. Baisser le coût du travail, réduire les charges. Faut tous se mobiliser ensemble quoi »

Il ne répondit rien. Son siège était moelleux. Il luttait un peu contre le sommeil.

Ils étaient déjà arrivés près de l'école. Mme Damoizeau le déposa avant de redémarrer en trombe.
Il était plus qu'en avance, choisit de regarder ses mails sur son smartphone. Un mail d'une agence de voyage s'affichait, lorsqu'il l'ouvrit il vit l' image d'un couple enlacé sur son fond de coucher de soleil 
avec ce slogan " Faire de votre séjour des journées merdeilleuses ". Il soupira en fermant l'onglet.
Les grappes d'enfants sortirent en trombe de la cour de l'école juste après la sonnerie pour sauter dans les bras de leurs parents ou s'engloutir directement dans des voitures. Sa fille trainait pour une fois derrière, la mine boudeuse , tirant d'une main sur son pull qu'il devrait encore raccomoder et sur son cartable à roulettes derrière elle. Lorsqu'il l'appela elle s'arrêta pour ouvrir son cartable et en sortir une enveloppe qu'elle lui tendit solennellement
                                                  «  Mme m'a donné çà pour toi »

C'était un courrier de l'administration scolaire. Il parcourut rapidement les circonvolutions d'usage avant d'en arriver au propos

«  M dans le cadre d'une enquête nous avons demandé aux élèves de remplir un questionnaire concernant leur parents. Il se trouve que sur une question concernant la profession du père votre fille a mis pauvre dans la case. Nous vous informons que vous avez la possibilité de contacter l'assistante sociale si votre situation le nécessite et vous demandons dans quelle catégorie socio-professionnelle nous devons vous mettre. »

Il demanda à Leïla de lui donner un stylo, pris son 4 couleurs Hello Kitty et barra le courrier de 5 mots en lettres rouges avant de le glisser dans la boite aux lettres de l'école Tristan Corbière et de glisser à sa fille que ce Week-end commençait par un passage à la pâtisserie

«  Mettez moi tous en colère »

 Ce texte est dédié aux colères insatiables.

dimanche 2 février 2014

La célibatitude

La célibatitude, c'est prendre le temps de débattre sur Twitter


La célibatitude, c'est repenser avec un scrogneugneu de l'âme à cette Laëtitia Dupré qui te répondit négligemment " Non, mon copain il veut pas " alors que tu lui proposais JUSTE UN CAFE

La célibatitude, c'est répondre par un mail l'interrogeant pour savoir si elle a passée une bonne journée à cette Samantha Vautour qui t'écrit de l'équateur pour t'entretenir sur une énorme transaction financière.


La célibatitude, c'est proposer une visite de Rennes centre impliquant Parlement, Thabor, meilleurs bars de la rue de la soif et bouquinistes à une  malheureuse étudiante chinoise qui voudrait juste savoir ou se trouve le CROUS.

La célibatitude, c'est le temps de silence que tu laisse après avoir demandé " et toi, ta journée " à ta cafetière.

C'est avoir viré la date d'anniversaire sur ton FB parce que bon



samedi 28 décembre 2013

Des frétillements de l'âme d'un bibliophile

     Ces dernières semaines il a été questions dans les revues, les magazines ou les émissions de divers désagréments que rencontre un peu le monde de la librairie et aussi toute la faune qui gravite autour du Livre. C'était bien intéressant. J'en ai lu quelques uns, distraitement. Ca disait entre autre choses que le monde de la librairie traverse une crise mais qu'elle peut la surmonter si elle sait retrousser ses manches sur ses bras musclés pour inventer un nouveau modèle économique. Bon. Comme ça le raisonnement  a l'air de se tenir. Notez l'autre jour, pour voir j'ai dit " il faut un nouveau modèle économique pour les librairies ". Tout fort. Dans la queue à la boulangerie. Ben les gens m'ont regardé bizarre. Et arrivé à la caisse le boulanger m'a filé mon pain complet et mon Kouign Amman avec un regard genre faudrait voir à pas recommencer. donc bon. Surtout que la librairie dans mon patelin ils n'ont pas l'air de se poser tant de question. Juste un jour le patron m'a demandé s'il était bien le dernier Houellebecq que je lui avait acheté. Parce que pour son cousin, ben peut être.

         Ce que je sais aussi c'est que aujourd'hui alors que je me rendais dans un Bar librairie BD que j'affectionne à Vannes j'ai vu cette petite affiche


Ce que je sais aussi c'est que je vois la librairie l'Imaginaire à Lorient connaitre cette longue agonie. Cette librairie réputé avec ses rayons fournis ou l'on voit semaine après semaine, pièce après pièce, l'espace se restreindre et bientôt les vendeurs vous dire " nous sommes désolés. On  ne peut plus passer de commande " et que c'est pas glop.

Ce que je sait aussi  c'est que ce bouquiniste que j'affectionne particulièrement à Rennes, à côté du Parlement 

Je l'ai découvert à Rennes, jeune lycéen il y a près de 20 ans. A l'époque je fréquentais les bouquinistes surtout pour trouver des éditions d'occases pour tous ces classiques que les enseignants nous infligeaient. Dans cette boutique au début je demandais au patron s'il avait Tartuffe, Germinal ou tel autre pensum. Généralement il sortait l'ouvrage d'une pile et essuyait parfois la poussière qui s'y était déposé. Puis tu te prends au jeu. tu finis par t'aventurer dans la boutique. C'est à dire une grande pièce avec une immense table, garni d'innombrables étagères et autant de rayonnages au mur. Il m'a fallu des mois d'exploration dans cette pièce pour comprendre qu'elle était rangée suivant une méthode rigoureuse dont je posssède encore quelques rudiments.

Lorsque vous entrez sur votre droite vous devez avoir des romans noirs, en avancant un peu vous découvrez sur un présentoir des romans de poche essentiellement de la fiction, se répartissant entre Folio, livre de poche et Garnier Flammarion ( à l'usage je recommande plutôt pour les classiques le Garnier Flammarion, pour les notes). Sur votre gauche sur la table des ouvrages de sciences humaines. Avancons encore (mais je vous recommande de faire attention de ne pas faire s'effondrer des édifices livresques en les bousculant). Arrivé au bout de la pièce, tournez vous sur votre gauche ( la pièce à côté relève du privé, même après des années de fréquentation de cette boutique je n'y ai jamais mis les pieds. L'intimité) et penchez vous. Vous avez là des piles de l'Avant Scène et toute une variété d'ouvrages sur le théâtre et subséquemment des ouvrages sur le cinéma. Plus haut sur les étagères une quantité d'ouvrage sur l'histoire ou l'on pouvait trouver un ouvrage de la revue Esprit sur les militants chrétiens de gauche dans les années 70, l'autobiographie de Maurice Thorez Fils du peuple ou cet ouvrage de Jacques Marteaux sur l'église de france face à la révolution marxiste ( les vrais savent);  En continuant le tour de piste sur votre gauche vous aviez quelque part un rayon littérature russe qui fit mon bonheur, un rayon littérature bretonne fort sympathique.

C'est dans ce type de lieu que je découvrit des ouvrages aussi indispensable à tout honnête homme que " La surcharge sexuelle de la psyché comme source d'inspiration artistique" ou un "manuel du soldat suisse". J'ai aussi avec un frétillement de l'âme découvert sous une pile de livres l'ouvrage de Gordon Craig " l'art du Théâtre " datant de 1943.


 Pour te dire le jour ou j'ai rencontré Peter Brook et que j'ai cité l'ouvrage il m'a regardé en levant le sourcil " Mais vous l'avez trouvé où ? " . Frétillement de l'âme te dis je.

Il se trouve que ce M a choisit après 30 et quelques années de fermer boutique. Pendant les 6 mois qui vont suivre il brade. Il y a des affaires à faire.  J'ai discuté, un peu. Visiblement les affaires ne sont plus ce qu'elles étaient. Son commerce périclite. Les clients qui ne viennent plus. Les étudiants qui ne viennent pas.Il est d'usage d'incriminer ce goût qu'a chaque époque de ne pas ressembler à celle qui lui a précédé. Mais il se trouve que par hasard j'ai croisé il y a quelques temps un autre bouquiniste que je connais aussi un peu. Entre autre choses on a discuté de celui ci. Il était au courant de son départ prochain à la retraite, m'a dit combien ceci le chagrinait aussi. Il avait vu aussi combien malheureusement celui ci, qui lui avait presque appris le métier au début avait manqué l'évolution de son métier. Il ne vends aucune bande dessinée, ne s'est jamais mis aux livres d'art et encore moins l'ésotérique. aujourd'hui les bouquinistes savent se diversifier et vont même consulter tel ou tel site sur Internet pour déterminer le prix auquel ils vont vendre un livre. Les seuls cotes que pouvait avoir Francois Corre c'est de vous glisser en confidence que les Thibault, les gens ne les achetaient plus ( c'était avant le mauvais téléfilm avec Jean Yanne) et que donc il n'en vendait pas, à son grand regret . Maintenant il se désole de voir doucement tout ceci disparaitre et de ne pas trop savoir ce
qu'il va bien pouvoir faire de sa retraite, rentré dans le Finistère.


Voilà. Tout ceci pour dire mon infini reconnaissance à ce bouquiniste, pour tous ces frétillements de l'âme que parfois le simple fouiner dans sa boutique m'a procuré. J'espère encore que quelque soit les modèles économiques que les bouquinistes ou les librairies se choisissent ou se voit imposer ceci sera encore possible.

mardi 5 novembre 2013

sur la route de Kemper

Sur la route de Kemper,

Chère Camille,.  Je suis morbihannais, ouvrier depuis plusieurs années déjà et par ailleurs j'ai fait le choix de Quitter le Parti  il y a de cela quelques semaines lassé que les rodomontades vallsiennnes dissimulent les reculades de Hollande.

Je ne viens pas ici défendre les écologistes. Ils se défendent bien assez tout seul. Je ne viens pas parler de Mélenchon. Il s'enfonce bien assez tout seul.

C'est plutôt ta défense des patrons qui m'a interpellé. Tu écris que " ce sont les « patrons voyous qui ont plongé la Bretagne dans le lisier » comme on me l’a fait remarquer, mais pourquoi ont-ils fait cela ? Qui leur a fait croire que ce système productiviste était l’avenir ?"  Ben tu vois j'ai relu ta phrase plusieurs fois depuis hier soir , j'y réfléchis encore en écrivant ces lignes et je reste encore pantois. Mais si c'était le cas je recommanderais chaleureusement à ces êtres sensibles d'abandonner leur entreprise au main des salariés par le biais d'une SCOP. Hamon a bien bossé sur ce sujet et les salariés ne feront pas pire que ce qu'on a déjà vu.Veux tu vraiment nous faire croire qu'un patron comme Charles Doux, 145 e fortune de France depuis ^plusieurs années a choisi de construire un groupe industriel d'un fort beau gabarit seulement abusé par je ne sais quel gourou alors que lui ce dont il rêvait c'était de fonder un phalanstère avec ses potes ? Veux tu passer sous silence le fait que Charles Doux a réussi à duper ses salariés en les licenciant, ses éleveurs payés à plus de 130 jours, ses consommateurs avec ces poulets fourgués comme halal alors qu'il ne l'était pas et ces primes accordés aux dirigeants alors que le groupe était déjà dans le rouge et ces pouvoirs publics placé devant le fait accompli lors du plan social . A tu vu une fois le Medef se désolidariser ?  Veux tu vraiment nous faire avaler comme si nous étions des adhérents de l'UMP que les patrons du Medef seraient les premières victimes de la crise ?  Veux tu ignorer toutes les luttes sociales menées de haute lutte dans ces usines depuis des années pour obtenir de meilleures conditions de travail, de meilleures salaires ou bien parfois simplement pour sauver des emplois en danger ? Veux tu ignorer le fait que bien souvent, trop souvent il n'y avait même plus ces luttes, même plus ces grève juste de la résignation qui s'abat comme des briques sur les têtes  parce que tout était perdu ? J'ai travaillé chez Doux à Locminé. Il m'en reste encore de la colère, des poings qui se serrent et la certitude absolue que ceux qui ont décidé de cette fermeture n'ont pas les mêmes intérêts que moi, même s'ils prennent en souriant les flyers de l'UDB ou du NPA. J'ai contemplé avec stupéfaction la résurgence de la revendication des primes à la restitution. Ces primes à l'export étaient sur la sellette depuis au moins le début du XXIe siècle et avaient même été évoqué lors du Cycle de Doha. Ce sont ces primes à l'export qui ont en grande partie destabilisés l'agriculture vivrière dans des pays comme le sénégal parce que les poulets de l'UE étaient vendus bien moins cher que les poulets locaux. Une rente de situation pour l'industrie agro alimentaire. Tous les syndicats de l'agro alertaient depuis des années sur la disparition programmée de cette aide. Que croyez vous que fit le patronat ? Il vient encore de mobiliser ses salariés pour récupérer sa rente en assurant qu'il n'a pas eu le temps de se préparer. Mais par contre ce sont les bureaucrates parisiens qui ne comprennent pas les réalités. Tu ne t'es pas demandé si derrière ce vocable de "bureaucrate parisien" dans la bouche de ces bien aimables patrons il ne fallait pas entendre " inspecteurs du travail " ou " service hygiène " ?
Les vies d'ouvriers pour de tels gens sont de simples jeux.



Pour ce qui est de la FNSEA et de son aptitude admirable à socialiser les pertes et privatiser les bénéfices il suffit d'entendre Thierry Merret qui lui aussi réclamait la fin des réglementations tatillonnes ( qu'on arrête de prêter attention à la qualité de l'eau en Bretagne pour le dire plus clairement) retour aux primes à l'exportation. C'est que l'on a à la FNSEA un discours aux médias  pour dénoncer les ronds de cuirs de l'administration et en pratique un goût pour la rente et une sainte horreur de toute avancée vers la transition écologique qui remettrait en cause leur modèle.
Parce que oui j'assume sans le moindre problème le fait que la Bretagne va bien devoir y passer elle aussi à la transition écologique et que la taxation des transports ne me paraissait pas la plus mauvaise solution. Ce n'est pas l'écotaxe qui est responsable des milliers d'emplois perdus dans l'agro-alimentaire. C'est un modèle économique épuisé. Parce qu'il ne profite à de moins en moins de monde. Nous devrions saisir cette occasion pour refonder le modèle économique breton. Au lieu de cela c'est Troadec qui ira à Matignon demain au côté du Medef et de Thierry Merret pour la FNSEA. Je vais te faire une confidence. Il n'est pas sûr qu'ils discutent sur la base des flyers de Breizhistance que tu as distribué avec tant d'ardeur. Mais puisque tu t'es si bien entendu avec ces patrons, tu ne devrais pas être trop déçu.
Je suis par ailleurs prêt à souscrire à toute les demandes d'éclaircissement sur le dossier de Ecomouv. Je souhaite qu'une commission d'enquête parlementaire mette tout le dossier sur la table. Mais je ne confonds pas le principe d'une taxe et la façon dont celle ci est mise en oeuvre.

Enfin j'aurais aimé que tu ne paraisse pas réserver pas tous tes coups à la gauche au point d'ignorer que Marc Le Fur qui figurait lui aussi dans la même manifestation que Philippe Poutou, une rencontre qui sur Chatroulette aurait paru improbable, a bien voté l' écotaxe.
Enfin sur le Parti Socialiste. Le fait qu'il se soit fait dérober, en Bretagne, la revendication historique de la décentralisation représente quelque chose. Un  peu comme si on s'était fait voler la  Loire Atlantique, imposer un aéroport ou piquer le Mont Saint Michel.  Mais il faut bien dire aussi que is les bonnets rouges avaient un peu d'élégance ils remercieraient publiquement Pierre Moscovici qui avec son expression de " ras le bol fiscal " a fait plus pour leur préparer le terrain que 10 000 000 de flyers. Mais il parait que nous avons eu une réforme fiscale. On va voir encore des Bruno Le Roux ou des Stéphane Le Foll qui veulent faire passer pour du courage d'aller à Bruxelles proposer de surseoir à l'écotaxe et revenir à la prime à la restitution. Ceux qui nous expliquaient qu'il n'y avait pas d'alternative à leur réforme courageuse des retraites. Les poulets que j'emballe tous les jours à l'usine valent bien mieux que ce courage là.

Mais je te le dis Camille, pour ce qui est du mépris porté au prolétariat, c'est bien toi qui ici te distingue. Je ne te jette pas tant la pierre que cela. J'ai cru longtemps au discours du Bourget. Comme quoi.

Mais ce dont a besoin la Bretagne ce n'est pas que ceux qui l'ont mené à cet échec refassent payer leur échec à tout le monde. Elle a besoin de politique, de débat, de responsabilité. tous les débats doivent être ouverts, sur la décentralisation, la transition écologique .

 Tant qu'à faire de conclure je voudrais encore citer Tristan Corbière et l'un de mes vers préférés dédié à cette Bretagne des conquêtes sociales " Ils te croiront morts, les bourgeois sont bêtes ".


samedi 5 octobre 2013

Quitter le Parti



Quand j’ai adhéré au Parti, il y a de cela près de 18 ans je n’avais pas, dans le souvenir qu’il m’en reste, l’idée d’aller faire, comme nous y invite Mr Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur et ses deux matraques, humanité et responsabilité, la chasse aux miséreux.

Lors du débat du Congrès de Toulouse revenait comme un refrain, ou un running gag c’est selon, cette figure imposée «  ce congrès se fait sous le regard des médias. Nous devons apporter notre soutien à la majorité car son score sera commenté comme un soutien à François Hollande. Rappelons-nous que nous sommes un Parti de gouvernement  ». Les figures imposées en politique ont ceci de plaisant qu’elles contiennent thèse et antithèse. La minorité rétorqua donc, comme de bien entendu, qu’il était assez farce qu’après que Hollande ait rassemblé autant d’électeurs lors de la primaire et une majorité de français lors de l’élection présidentielle on puisse le réduire à tel ou tel courant, même majoritaire, du Parti Socialiste. Par ailleurs le Parti, premier de France en termes d’élus, comptant près de deux cent mille adhérents ne saurait se réduire à l’activité de ses ministres. Parti de gouvernement, Parti d’élus, Parti de militants, il doit être tout cela à la fois. Le pouvoir n’est qu’une fin au service de la Transformation Sociale. Notre mission devra être de continuer à agir, débattre et nous exprimer lorsque le besoin s’en fait sentir. Nous n’en sommes plus au temps du Front Républicain lorsqu’en 1957 le siège de la Rue Malesherbes affichait cet écriteau « Fermé. Pour cause de pouvoir » Fermez le ban.
Le Parti va avoir aujourd’hui un Forum sur la lutte contre les extrémismes. Je serais Harlem Désir, et je vous assure dire ceci avec le plus grand sérieux, je dirais qu’on peut bien faire l’économie de ce type de rituel et se contenter de demander à Valls des comptes, rapport de Amnesty International ou communiqués des associations anti racistes ( MRAP, sos Racisme) ou celle de ce collectif à l’appui. Tant qu’à faire on pourrait aussi s’excuser de quelques accusations portées contre mélenchon lors du congrès de Bordeaux du Parti de Gauche. En ce temps-là, nous avions tous l’accusation de xénophobie bien facile. Il faut croire que le goût nous en est passé. Il faut dire que quand on entend les propos de ceux qui s'engouffrent dans la brèche vallsienne, on en est à espérer ne pas encore se prendre de plainte pour propos stigmatisants. Le Parti socialiste en est pourtant encore à inviter Caroline Fourest, pour parler de lutte contre les extrémismes. Pauvre Harlem Désir, son rôle n’est pas facile. Du temps de Lionel Jospin à Matignon au moins la feuille de route du Parti était établie. 35 H, emplois Jeunes, réduction du cumul des mandats... Aujourd’hui la ligne du hollandisme tient dans ces propos du président rapportés par une journaliste de l’Agence France Presse



https://twitter.com/cdelpuech/status/383489194426765312
 Entre tenir une ligne et jongler entre des balles qui sont parfois réelles, convenons que la mission n’est pas aisée.
Alors ensuite s’étonner que le Parti n’ait pas daigné s’exprimer publiquement sur les propos de l’incarnation parfaite de la synthèse de Clémenceau-Blum-Mendès-Rocard-Jospin et de tous les mannequins homme de Zara comment veux-tu, comment veux-tu…

Pourtant au gouvernement existe officiellement une ligne, exprimée par une  rédigée par les services de Matignon avec le concours de tous les ministères concernés. Elle a été signée par tous les ministrescirculaire du 26 août , ou peut s’en faut. Dont le ministre de l’intérieur, dont Duflot. Je défie quiconque d’y trouver de quoi justifier les propos du meilleur ministre de l’UMP sur le fait  que les Rroms n’auraient pas vocation à rester en France et que leur mode de vie différerait trop du notre. Ce qui semble nous amener à une conclusion logique. Mr le ministre des sondages foule au pied ses propres engagements, sa signature au bas d’un texte officiel. Met le feu à la plaine, par démagogie. Dit en somme que l’école républicaine n’est plus capable d’intégrer des enfants. Nous sommes menacés, pauvre de nous,  par 20 000 Rroms.  Nous construisons l’Europe disait la chanson. Qui avons-nous vu cette semaine pour simplement rappeler ce qui ne tient même pas des engagements mais des fondamentaux ? Cécile Duflot faisant le boulot de Jean Marc Ayrault, et Benoit Hamon. «  La République vous rattrapera »   disait Hollande. Le conseiller municipal d’Evry doit courir bien vite. «  Il faut agiter le peuple, disait Talleyrand, avant de s’en servir ».

Je vois dans les discussions entre militants, entre élus auquel j’assiste ou ce que je peux entrevoir sur les Internet la petite musique de fond qui se joue. Nous n’avons plus tant le choix. Les municipales s’annoncent catastrophique. Nous avons besoin de Valls pour sauver ce qui peut l’être, les sondages sont formels. Je vous fiche mes 18 ans d’expérience politique que ceci est une connerie monumentale. Les quelques personnes de droite qui aujourd’hui approuvent le ministre de l’Autorité retourneront sagement à la maison au moment de l’élection. Tandis que les personnes de gauche feront le bilan sur l’essentiel, l’emploi, le pouvoir d’achat. Je déteste cette façon qu’ont beaucoup de ceux qui annoncent leur départ du Parti de conter ce qui est en somme leur échec sous l’air de qui en attends des médailles. Parce que l’histoire politique de tout çà c’est qu’on a grave merdé, camarade, échoué perdu. On quitte le terrain parce qu’il n’y a même plus de bataille. Le réel, c’est quand on se cogne disait Lacan. Je ne me souviens plus depuis combien de temps il y eu choc au point que çà produise quelque chose. Parce que sur ce sujet il n’y a pas eu de bataille. Mr 5 et quelques pour cent lors de la primaire, qui nous parle tant de courage n’a jamais eu celui de soumettre ses vues sur ce sujet lors d’un congrès du Parti et s’est bien gardé d’exprimer le fond de sa pensée lors de la primaire. Il s’est contenté de ces déclarations face caméra sur l’air de la modernité. On peut encore les reprendre. Je vous recommande alors un exercice fort amusant, remplacer à chaque fois le terme de «  moderne » par celui de glamour ». Les deux collent tout autant à son propos. Mal nommer les choses, disait Camus, c'est ajouter à la misère du monde.

Un camarade me disait lorsque j’ai annoncé mon désir de rendre ma carte que « Lorsque les dégoûtés s’en vont, il ne reste plus alors que les dégoûtants ».  Nous en sommes bien là. Le plus drôle c’est que je quitte le Parti Socialiste au nom de ce que j’y ai appris. J’étais un niaiseux de 20 ans dont la culture politique se résumait à fort peu de choses lorsque j’ai pris ma carte. D’avoir milité, débattu, trébuché, écouté, répété quantité de fois qu’il ne faut pas tant médire du militantisme, car il nous offre des déceptions que rien d’autre ne procure, m’a donné des fondamentaux. Il suffit ensuite d’en tirer des conclusions. Je pars donc avec la conscience d'une dette envers une belle et bonne part de ceux que j’y ai côtoyé. Comme dirait Serge, l’exercice a été profitable, Monsieur.