jeudi 5 septembre 2013

Appel citoyen contre l'incitation au viol sur Internet


 

Je publie ici une Tribune rédigée par un collectif féministe constitué de blogueuses, blogueurs, militant



Incitation au viol sur un site de coaching en séduction


Nous, militantes féministes et citoyennes, avons récemment dénoncé un site de coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal (1) comme incitant au viol.
Seduction By Kamal est un site d'apprentissage des techniques de « pick up artist », à savoir « artiste de la drague ». Il s'agit de techniques de « drague » et de conseils en matière de sexualité. Le site est gérée par la société SBK Coaching, et génère du profit grâce à la vente de livres numériques (« e-books »).
L'indignation s'est focalisée sur un article violent en accès libre et gratuit. Intitulé « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » (2), il nous apparait en réalité comme une incitation au viol, particulièrement toxique en raison de l'aspect éducatif du site.
Nous estimons que les propos sont explicites : pour bien « baiser », l’important est de ne pas tenir compte du consentement de sa « partenaire ». Une capture d'écran est conservée ici. Les extraits les plus choquants sont cités ci-dessous, dans la lettre au Procureur, ainsi que chez la blogueuse Diké (3).
Cet article a été écrit par Jean-Baptiste Marsille, rédacteur web, auto-entrepreneur et écrivain (4). Le directeur de publication du site se fait appeler Kamal (5).
Il ne s’agit pas d’un petit blog isolé. D'après son créateur, ce site reçoit 20 000 visiteurs par jours, le chiffre d’affaire de la société « SBK Coaching» est de l’ordre de 10 000 euros par mois (6). Sa page Facebook est suivie (« likée ») par près de 17 000 personnes. Nous notons aussi que les frais de fonctionnement du site semblent peu élevés, compte-tenu des avantages fiscaux de la Pologne par rapport à la France (7), et du caractère dématérialisé des publications électroniques vendues.
Malgré de multiples sollicitations depuis octobre 2012, Kamal n’a jamais réagi. L’article était toujours en ligne à l'heure où nous écrivons cette lettre.

Depuis 2012, cet article a également été signalé en vain au Ministère de l'Intérieur (www.internet-signalement.gouv.fr). Pourquoi la loi n’est-elle pas appliquée ? Est-ce un problème managérial (manque de moyens pour traiter tous les signalements) ou un problème culturel (mauvaise formation et sensibilisation des agents du Ministère à la misogynie en ligne et à la culture du viol) ?

Nous joignons donc à cette tribune une plainte au Procureur de la République concernant le délit d'incitation au viol en ligne sur la page signalée.

Appel aux autorités et aux acteurs du web : stopper la misogynie en ligne


Ceci dit, notre objectif n’est pas de nous focaliser sur ce seul type de site Internet à la marge, mais sur l'ensemble de la misogynie globalement répandue sur l'espace Internet, et trop tolérée.
De nombreux agresseurs et leurs complices se sentent autorisés, en toute impunité, à exhiber sur Internet leurs infractions misogynes (viol, agression, non-assistance à personne en danger, recel de médias à caractère pédo-criminel...). Leurs victimes sont réduites au silence ou humiliées à l'échelle planétaire, subissant la reproduction perpétuelle de leurs agressions sur les réseaux sociaux.
Comment les Internautes peuvent-ils encourager un tel laxisme envers des criminels, et une telle sévérité envers les victimes ? Certainement à cause d'un amalgame toxique entre sexualité et violence érotisée (culture du viol) combinée à une mauvaise appréciation du sexisme sur Internet, perçu à tort comme “virtuel”. 
Or le sexisme en ligne n'a rien de virtuel : le harcèlement subi par des personnalités connues comme par des adolescentes anonymes (ou qui auraient voulu le rester), le racolage des mineures par les pédo-criminels ou les proxénètes, l'omniprésence des images de femmes hypersexualisées et objectivées, dans les contenus personnels, journalistiques, culturels et commerciaux – clichés parfois pris à l'insu du sujet, l'humour sexiste qui alimente la tolérance envers le sexisme, les discours vindicatifs, stéréotypés et dégradants à l'égard des femmes, tout ceci est bien réel.
Ailleurs, sur le web anglophone notamment, des voix se sont élevées pour exposer l'ampleur de la misogynie sur Internet, et exiger des actions concrètes pour y mettre fin. Ainsi la campagne #FBRape a permis un début de dialogue avec Facebook, dans le but d'améliorer les systèmes d'identification et de modération des discours de haine misogyne (8).

Côté français, l'incitation à haine, à la discrimination ou à la violence est interdite par la Loi sur la liberté de la presse, article 24 (9). Nous exigeons que l’alinéa 7 soit appliqué, à savoir que l’incitation à la violence en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap soit réellement pénalisée.
Nous demandons également une modification de l’alinéa 6 de cette même loi (concernant l'incitation à la discrimination et à la haine) pour qu'il soit étendu au sexisme. Actuellement seules sont concernées les discriminations et la haine motivées par des raisons ethniques, raciales ou religieuses.
Enfin, nous appelons les pouvoirs publics à mettre en place une plateforme dédiée au signalement de sites misogynes, à la sensibilisation des acteurs du web sur le sujet, et à l'accompagnement des victimes de discrimination, de haine ou de violences misogynes sur Internet.

Nous appelons également les entreprises du web ou présentes sur Internet à mettre en place des pratiques éthiques pour lutter contre le sexisme sur Internet, en coopération avec la société civile.

Collectif féministe et citoyen

Plainte au Procureur


Paris, le 05/09/2013
Lettre R.A.R.
Monsieur le Procureur de la République,
Nous, citoyennes, tenons par la présente à vous signaler les faits délictueux visés par l’article 24 de la Loi sur la Liberté de la Presse qui punit de "cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes : les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles définies par le livre II du code pénal".
Sur le site Seduction By Kamal, cette page (URL : www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser - captures d’écran ci-joint) intitulée "Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE" constitue une apologie du viol et une incitation à la violence contre les femmes. Quelques extraits explicites :
·      "Montrez-lui qu’elle n’a pas vraiment le choix"
·      "Attaquez sa poitrine"
·      "créer rapidement une image du mec qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient quand il veut".
·      "vous décidez [...] tout est entre vos mains (ou vos cuisses devrais-je dire)"
·      "perdre tout contrôle de la situation est un "turn on" majeur pour les femmes".
·      "appliquez-vous à aller en profondeur et à ne stopper la cadence que quand VOUS le décidez ! Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à vous et vous demandera de la défoncer [...] c’est ça en fait la véritable notion du fameux "BIEN BAISER".
·      "Imposez votre puissance".
·      "Donnez des ordres et soyez inflexible. Ne lui demandez pas gentiment si, éventuellement, vous pourriez avoir une fellation et éjaculer dans sa bouche… La décision est prise, retirez-vous et faites la descendre vers votre sexe afin d’affirmer votre posture."
·      "Si seulement vous saviez combien de femmes rêvent de se faire démonter par un inconnu au chibre géant".
·      "Cette méthode est relativement efficace quand on rencontre une inconnue qui nous ramène chez elle. Si elle en arrive là, c’est sans doute parce qu’au fond, ce qu’elle veut, c’est tirer un coup."
·      "Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le !"
·      "il vous suffit [...] de laisser parler vos envies, sans vous restreindre. Prenez le contrôle du rapport sexuel et pensez que votre masculinité passe par des coups de boutoir infligés."
·      "ne vous refusez rien".
Nous avons signalé ce lien à internet.signalement.gouv.fr sans aucune conséquence concrète.
La présente faisant valoir ce que de droit.
Copie à
- Monsieur Manuel Valls, Ministre de l'Intérieur
- Madame Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes,
- Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
- Haut Conseil à l'Egalité entre les Femmes et les Hommes
- Observatoire des Inégalités
- Le Monde
- Le Figaro
- Médiapart
- Rue 89
- Libération
- Les Nouvelles News
- Slate
- Fédération Nationale Solidarité Femmes
- Signalement publié sur internet par une dizaine de blogs

le 05/09/2013




Sources et liens cités dans l'appel :

lundi 2 septembre 2013

Lison

Avec du talent un jour je vous raconterais une histoire et ce sera un roman. Celui d'une grève avec des salariés en lutte contre leur patron et en fait ce sera un peu l'allégorie ( ou la métaphore, j'hésite un peu ) du salariat en lutte contre le patronat.
                 
             Dans mon roman il y aura des personnages. Ce qui est somme toute assez courant.  Mais les miens, tu ne les pas pas rencontré ailleurs.

 






Lison


 



Lison ce sera un personnage important aussi dans le roman.


       Elle sera  intérimaire dans l'usine.  Parce que dans ce canton de quelques 10 000 habitants il y a dans la même commune, 5 agences d'intérims. Oui je sais que ce n'est pas crédible ce genre de choses, que des entreprise puissent autant prospérer sur la précarité. ceci, bien sûr n'arrive pas.

Donc Lison sera intérimaire le temps de ses vacances scolaires, avant de reprendre la fac' de sociologie en je ne sais pas encore quel année , parce que sa bourse ne lui suffit pas pour payer son logement, sa bouffe, ses bouquins, ses fringues, espérer sortir. Ces étudiants sont insatiables Chaque semaine elle recevra par la poste son nouveau contrat. A la fin de ses vacances elle aura de quoi tapisser avec une partie de son studio, qui en a besoin d'ailleurs. Chaque semaine elle attendra le vendredi pour savoir si elle revient le lundi, une sorte de suspense quoi.
Chaque Week end, pour se remettre un peu elle écoutera du Electrelane.








Pendant toute cette période dans cette usine qui sera un peu sa première expérience du monde du travail ce sera un peu un apprentissage. Pas tant des claques dans la gueule, il aurait fallu que les choses se manifestent plus clairement pour cela. Non plutôt de la bruine, ou du crachin .
( Oui la Bretagne partage avec la Normandie la chance d'avoir autant de termes pour désigner la pluie que disons le banlieusard francilien pour désigner un embouteillage. Après nous être lâchement abandonnés aux clichés pour apporter de la respiration à ce récit reprenons nous )
Donc ce crachin insidieux dont on se dit qu'il ne mérite même pas parapluie ou capuche et qui vous laisse pourtant ruisselant au bout de même pas une heure. Pour lison pareil, tout un ensemble d'éléments, de détails, d'ambiances et de situations qui vous imprègnent insidieusement. Le temps qui passe et qui laisse tout un poids de lassitude sur les corps, ces corps comme rouillés, ces esprits résignés et ces espoirs qui ne se formulent même plus, un champ des possibles devenu un terrain vague, Ouvrier a au moins l'avantage d'être un tantinet plus débarrassé de certains artifices du salariat, la force de travail mis au service de l'entreprise moyennant salaire. Donc  à la fin du compte Lison  conclut comme le Mr là Oh dis donc les classes sociales existent encore


bit.ly/uPZ81Obit.ly/uPZ81O


           Donc de tout cela, comme une vibration de colère qui lui reste en tête, mais parfois les colères veulent se rendre disons utile et passent au militantisme, la politique. donc peut être mais suspense.

Peut être aussi entre Lison et Mehdi quelque chose ?   Là dessus il ne faut pas s'avancer et je ne partage pas le point de vue de l'auteur quand il écrit " et Lison était avant tout une femme ouverte d'esprit et certains de ses collègues disaient " pas que d'esprit " avec des sourires égrillards ".
Je trouve que vraiment de tels digressions n'ont aucun intérêt dans ce roman.
D'ailleurs pendant la promotion du livre un des critiques lui dira dans une émission que c'est quand même plutôt déplacé dans ce genre de roman social d'avoir des remarques égrillardes
et là l'auteur lui dira " non Mr. C'est une licence poétique " et il l'aura mouché.
D'ailleurs le lendemain Mehdi dira à un de ses collègues


" Tu as vu hier soir à la télé comment l'auteur l'as mouché le critique ? "

" Ah non. Je regardais Secret Story 5 "

Mais l'essentiel c'est surtout que Lison sera un peu le double de l'auteur dans le roman dans sa recherche de transcrire par écrit ce que c'est que la condition ouvrière, dans un roman, français, au XXI e Siècle. Ce qui n'a peut être pas l'air mais n'est pas facile, facile.
D'ailleurs comme par hasard et c'est vrai que c'est un tantinet appuyé, au même moment Lison découvrira l'oeuvre de Annie Ernaux, de La Place à Les Années

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhKssWpSPc-53c0fZgGEluMajgEacISJ-WMriynmahoxQaPYWMijXDdpoRSHB9aR7GNijmSlPzPr-RbADxDIvQ9TsL_91Mhj58DhokIj8yTeyIYv7KPUvQq2KOAI-c6zJlOmUcWVoLoG6E/s1600/ernaux.jpg





Et tout ce qu'elle charrie, de la découverte du poids de l'héritage, tout cet ensemble de comportements et d'habitudes que les parents inculquent sans même y prendre garde à leurs enfants, du dilemme qu'il y a où trahir cet héritage en prenant ou tentant de prendre l'ascenseur social par le biais de l'école républicaine où à trahir les espoirs familiaux en restant dans sa classe, sa caste, sa condition. Une sorte de va et vient entre la praxis et la théorie, genre style quoi.

D'ailleurs dans le roman il y aura des passages entiers de La Place qui seront tout bonnement recopiés.  Ce qui sera un peu critiqué dans une des 327 ème émissions de télés ou de radios qui seront consacré à ce roman.

Oui je sais 327. Moi aussi je trouve que ça surprend. Mais au bout de la 300 ème émission il y aura comme une lassitude dans le public vis à vis de ce livre. Ce qui est décevant, je le conçois.

D'ailleurs Jérôme Garcin dira dans un Masque Et La Plume

" Quand je vois qu'il y a si peu d'émissions pour parler de cet ouvrage qui secoue le carcan du roman traditionnel, je suis affligé. Je suis donc le seul à vouloir secouer le carcan du roman traditionnel ? "

Et là dans le public une main se dressera pour dire

" Mais t'embête pas Jérôme. Carcan il y en a pour un il y en a pour tous "


Ce sera l'auteur qui sera venu assister à l'enregistrement du Masque et et la Plume et qui aura fini la promo de son livre un peu torché comme un coing quand même.

Mehdi



Avec du talent un jour je vous raconterais une histoire et ce sera un roman. Celui d'une grève avec des salariés en lutte contre leur patron et en fait ce sera un peu l'allégorie ( ou la métaphore, j'hésite un peu ) du salariat en lutte contre le patronat.
                 
             Dans mon roman il y aura des personnages. Ce qui est somme toute assez courant.  Mais les miens, tu ne les pas pas rencontré ailleurs.



        
D'abord il y aura Mehdi, Mehdi Melkoni. Mehdi Melkoni c'est un salarié, mais pas comme les autres. Tout d'abord il aurait lu Bourdieu un peu, il se serait syndiqué à la CFDT. Ce serait un peu un salarié militant, tu vois. D'ailleurs il aurait aussi un blog sur Skyblog   " pour ceux qu'on oublie peu à peu et qui gardent au fond d'eux quelque chose qui fait mal, qui fait mal " et d'où il tenterait de faire la révolution, mais en secret. Il écouterait aussi à fond les Clash pour exprimer son envie de révolte, chez lui.


Mehdi en arabe ça doit vouloir dire Prophète, donc c'est un peu signifiant  et ça donne tout de suite une dimension messianique au personnage. D'ailleurs à un moment, lison lui parlerait de " Germinal" mais Mehdi répondrait que ce roman " malgré d'indéniables qualité de récit, ne prend pas en compte l'externalisation croissantes des ressources humaines dans le management actuel. C'est quand même un peu chiant " ce qui montre qu'il y a des nuances dans le personnage. Mais s'ajoute à cette dimension le fait que tu peux faire des vannes avec ce nom, genre ses collègues qui lui disent le lundi matin
"
Mehdi moi alors , t'as tiré ta crampe ce Week end ? "
Et ça
c'est une super astuce parce que ça permet de faire respirer le roman.
Milan Kundera le dit dans un addendum à "l'Art du Roman" . "En vrai le roman c'est un peu comme une chaussure sur le pied du lecteur. Faut lui permettre de respirer. Donc les chaussures offrent des petites ouvertures "
http://www.chaussure-hommes.com/wp-content/uploads/2011/08/rentr%C3%A9e-2011-Kickers-Geox-Clarks1.jpg

Donc Mehdi c'est aussi une astuce qui permet de faire plein d'ouvertures dans le roman.
D'ailleurs les critiques ils diront à la parution du roman
" on peut saluer l'astuce du romancier qui a trouvé un nom qui est à la fois signifiant et permet de faire respirer le roman par de petits calembours à la portée du lecteur ".

Donc Mehdi, ce serait un peu le meneur du mouvement. Celui qui catalyserait les aspirations et les luttes de salariés pour les inscrire dans une perspective plus large. Mais c'est lui qui ferait les cafés dans le local du CE aussi,
parfois.

A  Suivre

samedi 31 août 2013

vous savez ce que c'est

( comme un peu personne n'as trop fréquenté un de mes précédents blogs je vous ressors, un peu modifié, et article des archives  pour faire genre, je suis productif. Astuce)


Avec du talent un jour je vous raconterais une histoire et ce sera un roman. Celui d'une grève avec des salariés en lutte contre leur patron et en fait ce sera un peu l'allégorie ( ou la métaphore, j'hésite un peu ) du salariat en lutte contre le patronat.


Dans ce roman il y aura des lieux, ce qui est somme toute assez courant mais les miens tu ne les aura pas vu ailleurs.




Le bureau du Directeur


Dans le roman à un moment, plus ou moins opportun le patron, nouvel arrivant dans l'entreprise, enfin la boite disent les salariés, décidera d'inviter les membres du CE à son bureau. Oui, une envie, une lubie, une impulsion soudaine, une " prise de contact " qu'il dirait dans l'invitation. Donc tant qu'à faire les élus du Comité d'entreprise se sont dits on y va. Le bureau était plutôt grand, meublé avec soin de meubles IKEA et agrémenté de graphiques aux couleurs vives exprimant un enthousiasme communicatif pour les CA en hausse constante. La moquette était épaisse, l'isolation semblait bonne. Il leur montra tout avec gourmandise et leur offrit même des chocolats, se réjouit bruyamment quand Ahmed reconnut ce tableau de Munch, le Cri 


" Je suis allé le voir lors d'une escapade à Oslo. Lorsque l'on a une telle pression dans nos métiers il faut parfois s'autoriser des breaks. Vous savez ce que c'est "


Donc tant qu'à faire ils commençaient à exposer au patron leurs légitimes revendications, concernant les salaires, les conditions de travail, le menu de la cantine, les accidents dans l'atelier 42, les fautes de goût dans les notes de service. Tout quoi et plus encore s'il en était besoin. S'attendant à une bataille rangée ils furent surpris et peut être même un peu déconfits de constater que tout cela leur patron le comprenait, avec un total manque dans le laisser aller.





Il comprenait. Il comprenait tout à fait pour le coût de la vie. Il comprenait bien pour le pouvoir d'achat. Il comprenait ce que c'était pour les salaires. A chaque fois, il comprenait. Il le disait d'ailleurs, mine attentive et bras ouverts " je vous comprend. Je vais moi même faire des courses parce que ma femme ..." . Mais ajoutait il la mine soudain un peu plus grave, avec toujours des traces de ce sourire qu'il s'y appliquait chaque matin  " vous savez les Marchés ". Pourtant les camarades avaient un peu tout essayé pour le faire fléchir. Il faut dire que tout le monde avait bossé. Certain avaient même fait appel à des amis. Ceux ci leur avaient confiés pleins de " là tu fais ça " même des " là tu fais ça mais ça m étonnerais que ça t arrive " mais au cas où. On ne sait jamais trop. La veille ils s'étaient répartis un peu les " là tu fais ça ". C'est à dire que Ahmed avait gueulé pour ne pas tous se les taper.  Tout le monde s'était mis d'accord, plus ou moins. Mais maintenant toutes les tentatives semblaient échouer au pied des remparts de " Vous savez bien les Marchés ". Les marchés revenaient en boucle monter la garde devant les bénéfices de l'entreprise.  Ceci lui rappelait un peu son père dans son enfance qui refusait telle sortie avec ses collègues parce que " vous savez bien les enfants". Oui il y avait de ça. Les marchés paraissaient une farandole d'enfants joufflus et insatiables sautillant devant le magot mais qui pouvaient apporter de si grandes joies quand on savait bien les satisfaire. Les marchés ces délicieux petits fripons turbulents et imprévisibles que chacun se retenait pourtant de gourmander. Les marchés un peu ces adorables nourrissons au visage déjà botoxé de la pub Evian capables d'offrir 1 si belle chorégraphie, quand ils voulaient. 









Oui oui oui. N'empêche. Ahmed là, il aurait bien abattu 1 main de travailleur sur les fesses talquées des marchés. Il y aurait bien mis du rouge, de la douleur et des larmes sur ces postérieurs dodus.


Ahmed il aurait bien aimé dire. Dire des trucs. Dire des vies un peu concassées chaque jour par leurs 8 heures de travail à la chaîne et sur lesquels les moindres évènements anodins s'abattaient un peu comme des briques. il aurait fallu que ces mots fassent tâche sur cette moquette qui semblait plutôt bien entretenue, même si elle aussi l'" externalisation des tâches annexes " ne semblait pas lui réussir. Les sociétés de nettoyage, pour le soin et la finition ce n'est pas çà. Mais là les mots ne lui vinrent pas à Ahmed. Il sentit bien, sortant du bureau, tout le monde se regardant par en dessous, qu'ils n'avaient pas été bons.


" Causeritz avait raison. Faut jamais laisser l'adversaire choisir le champ de bataille " furent ces mots " et en plus, ajouta t'il y a même pas de machine à café dans son truc ". Donc je crois que çà promettait d'autres trucs pour des prochains épisodes et me rend presque impatient.

Voilà, je crois que c'est à peu près pas tout à fait çà.


vendredi 23 août 2013

Si c'était grave

La journée s'écoulait, sans plus d'ennui que d'ordinaire. Les saisonniers donnaient à la ligne où je m'étais retrouvé des airs de monôme étudiant. Nous étions Jeudi Vendredi et guettions la fin de journée de l'atelier découpe qui le plus souvent annonce la nôtre avec une heure d'avance. Déjà nos collègues passaient pour ranger les bacs, tandis que je tendais sur son passage une main distraite à Pollux, avec qui je partage le fait d'être titulaire, de n'avoir jamais grimpé le moindre échelon et un goût coupable pour le calembour foireux,
 il se pencha pour serrer la mienne tout en me glissant

" Il a quoi comme problème, l'autre?  Il vient de me mettre une main au cul. " puis poursuivit sa route.

J'allais alors vers celui qu'il visait, étudiant saisonnier venu comme d'autres passé son été à travailler en usine.

" Tu viens de mettre une main au cul ? "


 "Euh ben ouais, c'est la vie quoi "

" Ben non ce n'est pas la vie. Tu vas aller t'excuser s'il te plait "


Il ne me dit pas non. Je n'attendis donc pas qu'il ne me dise oui, appelé ailleurs, certain qu'un garçon aussi vif  comprendrait son erreur.

Le lendemain je recroisais Pollux

" Alors, il s'est excusé ? Comment çà s'est passé ? "

" Ben non, il ne m'a rien dit pourquoi ? "

Quelques instants plus tard je croisais au moment de la petite pause Main au Cul dans le vestiaire des hommes

" Dis toi, quand je t'ai parlé de t'excuser  pour ta main au cul je parlais très sérieusement "

Main au cul

" Ben pourquoi, c'est pas grave, de toute façon je ne suis pas gay "

Je montais le son

" Je te résume le truc " On ne mets pas la main au cul des gens " C'est du monosyllabique. C'est pourtant pas compliqué "

C'est à cet instant que je réalisais être en présence de l'assemblée solidaire des mâles dominants huchant de concert

" Mais d'où tu lui parles comme çà "

" T'es jaloux que ce ne soit pas à toi qu'on ait mis la main au cul ? "

" Oh ca va, il y a des trucs plus graves. Il y a du sang qui coule dans le monde "

J'aurais pu ici répondre que travaillant dans un abattoir, le sang qui coule n'avait pas de quoi nous surprendre. Je préférais quitter la place pour en appeler aux compétences du chef d'atelier,  puisque les miennes ne suffisaient pas. Revenu à l'atelier je me plantais devant la porte du bureau où le chef guettait le retour de la pause des retardataires

" Eh dis, c'est normal que Main au Cul ait foutu la main au cul de Pollux ? "

Il me regarda, éberlué

" De quoi tu me parles ? "

" Je te dis que hier, Main au cul a foutu une main au cul de Pollux. Je voudrais  savoir si c'est normal "

" Ben s'il est d'accord. De toute façon on voit tellement de choses, de nos jours "

" Mais ca va pas bien. Je te parle de harcèlement là ! "

C'est à peu près à cet instant que le chef interpella Pollux qui était à son poste de travail, sur la chaîne.

" Eh Pollux ca va pas bien, qu'est ce qui te prends d'embêter tout le monde avec çà "

" Mais c'est du délire là. C'est Main au Cul qui as foutu une main au cul et c'est Pollux qui se fait engueuler ? "

A ce moment le reste de l'atelier revenait de pause et contemplait notre échange, n'en saisissant visiblement pour ma part que le côté Dramaqueen. Voyant alors que mes efforts étaient vains je choisis de tirer ma révérence

" Si c'est comme çà, je prends ma journée "

Derrière moi j'entendis la voix du chef

" Jean philippe si tu t'en vas je passe çà en absence non justifiée "

Le motif de ma sortie de scène me paraissait pourtant assez évident

Le lundi matin je revins au travail comme si de rien puisque personne ne m'interrogea sur l'épisode.  Lorsque j'allais voir Pollux pour savoir comment il allais, il me répondit d'un " Bof " en me racontant les quelques remarques caustiques que tout ceci lui avait valu.

" Mais tu vas en parler aux élus du personnel quand ils seront revenus de vacances ? "

" Oh. Tu sais, je le ferais, si c'était grave ".



"

mardi 20 août 2013

Cher Manuel Valls,



Cher Manuel Valls,  J’ai appris hier dans Libération les propos que tu as tenus lors du Séminaire Gouvernemental portant sur la France de 2025. Tu as donc, entre autres choses, déclaré que la France allait démontrer, dans les 12 ans qui viennent, que Islam et Démocratie était compatible.



Cher Manuel Valls, quand j’étais au collège il arrivait quelque fois qu’on dise d’un de nos camarade  de classe qu’il faisait son intéressant. Je suis d’accord, dans ton cas  ce n’est pas pareil. Ce que tu dis n’est pas très intéressant. Parce que ce que j’ai aussi appris au collège et que l’on m’a répété au lycée c’est que le fait qu’il y ait des musulmans en France a à voir avec la colonisation. La colonisation française, c’est-à-dire l’oppression de peuples africains par le notre. Sachant cela, entendre aujourd’hui que dans notre grande bienveillance nous comptons, quand il nous en prendra l’envie, faire la démonstration que Islam et Démocratie sont compatibles, ce n’est vraiment pas très intéressant.


Cher Manuel Valls,  prendre les musulmans pour les éternels stagiaires de la République n’est pas précisément un acte d’autorité, plutôt un aveu d’ignorance. Les musulmans sont en France des millions comme dans tant d’autres pays, qui vivent, travaillent, payent leurs impôts, militent, soutiennent, contestent ou critiquent tout ou partie de ce que fait le gouvernement en place. Mais ils ont attendu que tu apparaisse pour que tu démontre enfin que Islam et Démocratie sont compatibles . Pourtant je ne suis pas persuadé qu’il faille appeler le Comité Nobel à chaque fois que tu découvre que la Terre tourne autour du soleil, qui plus est sans que tu y sois pour rien. Dans ton élan, peut être compte tu aussi démontrer que les femmes ont la capacité d’assumer l’exercice du pouvoir ( sauf si elles portent le voile et encore moins si elles s’appellent Taubira parce qu’il ne faut pas non plus déconner).

Cher Manuel Valls, en France aujourd’hui, en grande partie grâce aux 10 ans de Sarkozysme,les actes d'islamophobie ont considérablement augmenté. Cela signifie des insultes, des graffitis sur des lieux de cultes et mêmes des agressions contre des femmes voilées. Ceci en 2013. En France. Parce que la religion c'est mal Pendant ce temps tu compte offrir au  monde la démonstration que Islam et Démocratie sont compatibles. Dans ta grande générosité, j’espère que les musulmans pourront assister à ce grand numéro de Music-Hall sans bourse délier. L’essentiel étant que ceci te dispense de prononcer le terme d’ islamophobie. Parce que Caroline Fourest nous l’a bien expliqué le terme d’islamophobie est une invention des conservateurs iraniens pour interdire toute critique de l’islam. Et ce serait pure méchanceté que de demander s’il existe la trace d’une seule tribune de conservateurs iraniens sur ce thême et surtout pourquoi islamophobie n’existe pas en persan. Pendant ce temps tu réfléchis gravement sur tous ces lieux ou la laïcité, tel que tu l’entends c’est à dire sans femmes voilées, peut s’étendre : crêches, Université… Du moment que personne ne demande pourquoi le Concordat sévit encore en Alsace Moselle. La laïcité, il y a des lieux pour ça.

Cher Manuel Valls, notre pays compte des milllions de chômeurs, il est face à  des enjeux capitaux réindustrialisation, transition  énergétique, Démocratie à réinventer, parvenir à redonner du sens à la politique.  Pendant ce temps tu en es encore à faire comme si l’Islam devait prouver qu’il n’est pas incompatible avec la démocratie. Si tu généralisais autant envers le capitalisme que tu en as l’habitude envers l’Islam avec tous les plans de licenciements intervenus ces derniers mois tu serais aujourd’hui rendu à l'extrême gauche gauche de Arlette Laguiller. Fort heureusement tu as échappé à un si grand tourment.

Cher Manuel Valls, j’en suis à quelquefois m’étonner que personne ne te demande de démontrer que tes aspirations sont bien compatibles avec la Gauche. Ce serait sûrement fort intéressant.